LE CONQUET
ET
LA MER
L'usine d'iode du Conquet
François Benoît Tissier
Les déboires du steamer Gorbea
Mendi
Guillaume Brouscon, cartographe du Conquet,
|
Les
cartographes du Conquet
et les débuts de l'imprimerie.
Guillaume
BROUSCON
Une vie pleine
de mystères©
Une recherche historique d'
Hubert
MICHEA
Avec la fin du XVème siècle,
le monde occidental
connaît
quelques événements tout à fait significatifs, au nombre desquels il me
semble
nécessaire de placer la formidable aventure maritime qui va lancer sur
les
routes de l'Atlantique des vagues successives d'hommes de la mer
engagés dans
des expéditions commerciales, scientifiques et militaires. Ce phénomène
va, en l'espace de
quelques décennies,
causer l'établissement de relations directes entre l'Europe et la
quasi-totalité des terres habitées de notre monde. Les
entraves causées par la guerre de Cent Ans au
commerce
maritime européen vont s'adoucir dans le même temps où la poussée
démographique
exigera des volumes d'échanges de plus en plus importants.
C'est
ainsi que les marins bretons, qui contribuaient
depuis
plusieurs siècles au transport de deux denrées de première nécéssité,
le
vin de
Bordeaux et le sel de la "Baye", vont se trouver confrontés aux
conséquences de cette
nouvelle
situation. En effet,
l'entreprise maritime bretonne était
l'œuvre de
particuliers, aux revenus le plus souvent modestes, progressant à la
vue de la
côte, en particulier dans les périlleux raz de Sein et de Saint Mathieu
et pour
qui le temps comptait peu. A coté de cette industrie traditionnelle, un
nouveau
modèle d'entreprise s'affirme impérieusement. Il prend son origine dans
les
expéditions à destination de la Grande-Bretagne et des Flandres, que
Génois et
Vénitiens ont lancées, dès le XIVème siécle, et
qui ont été décrites par J.
Heers1.
Ces
expéditions faisaient usage, et cela dès le XIVème
siècle, de navires dont le port pouvait atteindre jusqu'à mille
tonneaux, c'est-à-dire capables de porter de cinq à dix fois la
cargaison des
bateaux utilisés par les riverains de l'Atlantique2.
Ces navires, énormes
pour cette époque, exigeaient
entre autres
choses, des capitaux importants qui n'étaient pas souvent à la portée
des
particuliers, même riches. Par conséquent, ils étaient commandités soit
par des
associations de personnes, soit par l'Etat. Ce caractère collectif,
comme
la
nécessité de tenir un meilleur compte de la durée des
voyages, conséquence de
l'émergence de la notion d'intérêt, n'était pas sans influence sur les
techniques
utilisées pour manœuvrer
et pour conduire en mer ces pesants navires.

Nefs
et galères naviguaient en convoi, non pas
seulement en
vue de rechercher une protection contre d'éventuels agresseurs, mais
surtout
parce que cela permettait au "capitaine" d'avoir connaissance de la
terre et des éventuels dangers,
à une
distance proportionnée au nombre de navires faisant partie du convoi.
Cela
était rendu possible par une communication entre les navires par un
système de
signaux sonores et lumineux dont l'efficacité ne fait pas l'objet de
critiques
particulières. L'usage, par les riverains de la Méditerranée, de compas
magnétiques
depuis le XIIIème siècle et de cartes nautiques
à "marteloires"3
ne semble pas avoir été pratiqué par les flottes bretonnes, avant le XV
ème
siècle. Tout cela améliorait
la sûreté
des traversées.
C'est
pour répondre à cette situation que les marins
du
Ponant seront obligés de se doter de méthodes inspirées de celles mises
au
point en Méditerranée. L'usage de l'édition typographique va permettre
d'accélérer la diffusion des documents destinés à faire connaître ces
procédés
nouveaux, comme, par exemple, les célèbres routiers de P. Garcie
Ferrande4
qui connaîtront un succès tel
qu'il
faudra procéder à
plusieurs rééditions
successives, dont une en anglais.
Encore
fallait-il trouver les compétences pour
acquérir les
connaissances et
les faire partager à
un grand nombre de maîtres de barques et de pilotes dont la plupart ne
devaient
pas pratiquer les sciences exactes. La marine "Royale" n'existait pas
encore et ne pouvait, par conséquent, pas assurer le rôle formateur des
marins
qu'elle remplit par la suite. Rappelons que les rois de France, de
Charles V à
François 1er, durent, pour certaines opérations
militaires, faire appel
à des galères
de la Méditerranée
dont certaines furent louées à nos alliés de Gênes5.
Il
était possible
de recevoir de l'étranger quelque savant pilote ou mathématicien
capable de réaliser une
carte. Cependant le
concours ainsi obtenu ne présentait pas toujours les garanties de
sérieux
désirables. Le mauvais vouloir des puissances navales de l'époque,
Gênes,
Venise, puis le Portugal et l'Espagne à laisser émigrer des personnes
dont
l'art
nautique pouvait être recherché par les autres princes, pouvait prêter
à bien
des supercheries. Encore fallait-il, lorsqu'une occasion se présentait,
faire
en sorte que ces gens d'expérience puissent transmettre utilement leurs
compétences à des marins français. Cela passait sans aucun doute par la
mise à
la disposition des maîtres et pilotes des côtes
atlantiques d'instruments et
documents qu'ils puissent utiliser correctement.
Des almanachs pour les navigateurs:
C'est dans cette situation que nous voyons
apparaître les
premiers ouvrages de Guillaume Brouscon. Contemporain des cartographes
de
Dieppe, de
Sébastien Cabot, de John Ross, de Verrazano et de Cartier, il dut
nécessairement, par des
voies que nous ne
pouvons pas encore éclairer, prendre connaissance des résultats des
expéditions
maritimes les plus
récentes, puisque
ceux-ci se lisent sur les cartes qu'il nous a laissées.
En 1525, Simon de Colines avait, par exemple, publié
le
récit du premier tour du monde par Pigafetta. En 1539, un Portugais,
Joao
Pacheco, cartographe, était engagé à la cour de François 1er, peut-être
était-il parent de celui qui, en 1518 avait conduit une expédition à
Java
mentionnée par R. Hervé6. Or la Grande Jave est
représentée sur
la carte
de Brouscon de San Marino. En 1542, Jean Alphonse, pilote de la
troisième expédition de Cartier au
Canada, était de
retour en France. Il avait séjourné à Camaret et Landévennec à bord
d'un bateau
commandé par Roberval en 1541. Brouscon est réputé avoir été le premier
qui ait
représenté Terre-Neuve dans sa forme correcte.
Comme
on le voit,
Brouscon ne manqua sans doute pas d'occasions d'obtenir des
informations sans
lesquelles il n'aurait pu mener à bien la réalisation des ouvrages
qu'il nous a laissés, en particulier
une série de remarquables petits almanachs nautiques
imprimés au moyen
de typons de bois7.

Couverture et premières pages
du fac-similé de
l'exemplaire d'almanach de Samuel Pepys ( en portrait ci-dessous ),
édité à
l'occasion du 400ème anniversaire de la circumnavigation
de Francis
Drake dont il fut la propriété.
(Bodleyan Library, Cambridge, pepusian n°1)

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Ces ouvrages offrent, dans le champ de quelques feuillets de vélin dont
les dimensions sont
en général d'environ 7 x10cm, pouvant aisément tenir dans
une poche
de vareuse, la totalité des éléments qui permettent aux marins de
naviguer sur toutes les eaux
de l'Europe situées
entre Gibraltar et
la Baltique. Nous trouvons ainsi dans chacun de ces ouvrages un
calendrier
perpétuel, selon le mode Julien, ainsi que des cartes index et cadrans
de marée
permettant de déterminer les heures des pleines et basses mers dans
tous les
ports depuis l'Espagne jusqu'à Anvers, et cela pour tous les jours, à
perpétuité.
Il s'y ajoutait une carte de navigation de format 18x27 cm,
soigneusement pliée pour
tenir dans le
livre, un diagramme permettant de connaître, avec une approximation
satisfaisante pour les
besoins courants l'heure
d'après la position des "gardes du nord ", c'est à dire les étoiles
de la Petite
Ourse, et de déterminer la
correction qu'il y avait lieu d'apporter à la hauteur mesurée de la
Polaire,
pour évaluer la latitude de l'observateur. Enfin, un abaque permettait
de
savoir combien de lieues il fallait parcourir aux principaux caps du
compas
pour s'élever ou s'abaisser d'un degré de latitude. C'est ce que G.
Brouscon
appelait la "scoudrille"( "un
nom dont je n'ai pas trouvé l'origine
mais qui me semble avoir une consonance méditerranéenne", probablement
le Punto
de
Esquadria portugais ).
Tous ces renseignements sont fournis sous forme simple, au moyen
d'images et de
quelques rares légendes écrites, et, pour ce qui est des valeurs
numériques, de
signes dérivés des chiffres romains.

Page de
gauche : la "scoudrille".
L'ouvrage
le plus ancien identifié par le docteur
Dujardin8 est le guide nautique conservé
à
San Marino, Hunttington library, sous la cote H.M. 46. Ce
document est
principalement un manuscrit. Il est réalisé sur parchemin et daté de
1543. Il
comprend, en plus de ce que nous trouvons dans les autres ouvrages de
cet
auteur, une table des déclinaisons du soleil pour trois années, ainsi
que pour
le "bissexte", dans la disposition, classique déjà, du livre de
Pierre de Médine, publié en Espagne en 1545 et dont l'édition
française, dédiée
à Henri II, date de 1554 et fut imprimée à Lyon, par Guillaume Roville.
Les
valeurs de ces
tables sont cependant légèrement différentes de celles de P. de Médine.
Il ne
semble pas que nous devions y chercher une source de Brouscon. Celui-ci
a,
cependant, eu connaissance d'ouvrages manuscrits antérieurs qui
circulaient
apparemment beaucoup si l'on en juge par l'exemplaire de "L'art de
naviguer" précisément, contenant un ex-libris au nom de "Bernard Le
Verge, de Kernafrant, près du Conquet le 25 mai 1573", et
qui est
conservé
à la bibliothèque de l'université d'Edimbourg9 .
Ces tables de déclinaison permettaient, dès lors
qu'on
avait mesuré à midi la hauteur du soleil au-dessus de l'horizon, de
déterminer
la latitude. Cependant pour des raisons que j'ai exposées au congrès J.
Cartier10, ce procédé s'avérait peu sûr à la
mer, en raison d'erreurs de
mesure. Il offrait
cependant une
précision suffisante, dès lors que les mesures étaient effectuées à
terre, à
l'occasion de relâches. Il est douteux que les tables de déclinaison
intégrées
à cet ouvrage aient été destinées aux marins bretons et anglais, à qui
on ne
voit pas le service qu'elles auraient pu rendre dans leurs navigations
traditionnelles. On ne les trouve d'ailleurs plus dans les autres
ouvrages imprimés en 1546 par G.
Brouscon.
Les cadrans de marée sont dessinés à la main et le
conservateur a bien voulu nous préciser qu'on pouvait encore voir la
marque de
la pointe du compas qui servit à les tracer. Ils sont décorés de trois
jeux de
figurines qui semblent avoir été obtenues par empreintes, car ils sont
superposables. On pourra le vérifier en comparant les deux angelots qui
portent
la guirlande en bas de deux des quadrants.
Cet ouvrage est le chef-d'oeuvre de Brouscon, tant
par son
contenu que par sa décoration.
Les quatre almanachs nautiques de Brouscon,
qualifiés par
le docteur Dujardin de "jumeaux" sont datés de 1546. Ce sont des
imprimés, ils sont conservés :
-Le premier, à Chantilly, musée Condé, sous la cote 1585 cat Delisle.
Il a été décrit
par E. Dutuit dans
son "Manuel de
l'amateur d'estampes ", pages 293-294, et par G. Marcel en 19008.
-Le
second à Greenwich sous la cote C
1500-1525. Je dois à l'amabilité
du
conservateur M.D.
Barr-Hamilton quelques précisions concernant ce volume qui a été remis
en état
en 1959, ce qui rend impossible une appréciation des techniques de
reliure
d'origine. Les dimensions sont les mêmes que celles des autres
ouvrages. Trois
feuillets ont été percés sans que la raison en soit connue.
-Le
troisième à la Bodleian Library, sous la cote
Ashmole
1352. D'après un film que le conservateur a bien voulu me
faire
parvenir, j'ai
pu vérifier que les pages semblaient avoir été tirées des mêmes bois
que les
autres "jumeaux".
-Le
quatrième au Magdalene College à Cambridge, sous
la
cote n° 1 Pepysian.
Ce dernier exemplaire a fait l'objet d'une
reproduction en
fac-similé par les soins du Commander D. Howse en 1980 à l'occasion
que la célébration
du quatre centième anniversaire de la circumnavigation de Francis Drake
dont
il fut
la propriété, avant de devenir celle de Samuel Pepys .
Le document conservé au British Museum sous la cote
C 36 aa
4 est également un imprimé. Le Commander D. Howse, qui l'a
examiné à
nouveau
récemment à ma demande, me précise qu'il s'agit d'un document imprimé
sur velin
de 59,3 cm x 9,5 cm ramené par pliage à 5 x 3,5 cm et qui est, comme
l'avait
déjà noté le docteur Dujardin, signé "Faict par G. Brouscon du Conquet"
et daté de 1546. Il
comprenait lui aussi une
carte de navigation limitée au nord de l'Europe et qui a été séparée
(elle est maintenant cotée
add. Ms. 22721),
ainsi que les cartes index correspondant à celles du San Marino. Il me
semble
que la carte index couvrant le golfe de Gascogne a été réalisée au
moyen de la
même planche que celle des "jumeaux", cependant seul le rapprochement
des documents permettrait d'en être sûr.
Trois autres documents conservés au British Muséum
avaient
attiré mon attention et
ont également
fait l'objet d'un examen par
D. Howse
dans le cadre de ma recherche: C 41 28 daté de
1438 (?), C
36 aa 5 de 1537 (?) et C 29 C 6 de 1542
(?)
Leurs
dates, suggérées par le catalogue, n'ont pu être vérifiées au stade
actuel.
Il
nous faudra attendre
l'examen détaillé des clichés pour tenter, au moyen des calendriers, de
déterminer leur date de mise en service. Cependant les premières
indications de
D. Howse permettent de penser qu'il s'agit de documents de même origine
que le
précédent.
La technique d'impression utilisée semble bien avoir
consisté à appliquer sur une bande de vélin, les uns à coté des autres,
les
typons, encrés au préalable. Le vélin est imprimé au recto et au verso.
L'ordre
de disposition des planches est aléatoire. Dans certains exemplaires
en
particulier, la succession des impressions est telle que l'ordre des
lettres
disposées au centre des cadrans et qui forment la signature de
l'auteur,
est
incompréhensible si l'on ne sait les remettre dans leur ordre. Il n'y a
pas de
marque de pagination d'origine. La bande de vélin a été pliée et cousue
lors de
la reliure. Les parties en couleur ont ensuite été peintes à la main.
Il ne
s'agit que de marques de couleur rouge.
Il est permis de se demander le nombre d'exemplaires
qu'il
fut possible de tirer sans
réfection
des typons. Une centaine peut-être? L'iconographie des
calendriers
n'est pas une
création de Brouscon, non
plus que le mode d'impression. L'iconographie est légèrement différente
de
celle utilisée par les Anglais qui en réalisèrent de semblables dès
1433,
manuscrits naturellement. L'habitude, en Grande Bretagne, était de les
porter
roulés dans un petit tube à la manière des boites à drogues japonaises11.
Le calendrier à l'usage d'Utrecht mentionné par Paul Perdrizet dans "Le
calendrier de la nation d'Allemagne de l'ancienne université de Paris",
apporté par des clercs hollandais persécutés par les chrétiens réformés
et qui daterait de la fin
du XVème siècle,
aurait pu constituer une source iconographique pour Brouscon.
Il ne s'agissait pas d'almanachs nautiques et le
mérite de
Brouscon serait d'avoir utilisé cette disposition pour proposer aux
marins l'essentiel de ce
qu'ils devaient
connaître pour se tirer d'affaire à la mer.

Sur
cette page de l'almanach, on
reconnaît le golfe de Gascogne. Des volutes noires, d'autres rouges
relient certains points de la côte et des îles à des endroits bien
précis de la
rose des vents marquée GB. Elles semblent n'avoir qu'une fonction
décorative, mais en réalité renvoient à la page de l'almanach dont le
titre
correspond à cette orientation et qui donne à perpétuité les horaires
des marées en
fonction du calendrier lunaire.
Par ailleurs il est intéressant de noter que les
symboles
qui marquent les mois de l'exemplaire C 36 aa 4 du
British Museum,
signé et
daté de 1546, résument les tableautins gravés par G. Tory et qui furent
utilisés par
Kerver pour
l'impression des "Heures
bretonnes" de Gilles de Kerampuil en 1576
après avoir servi à diverses éditions.
J'appelle l'attention du lecteur sur la parenté des
diagrammes
circulaires utilisés par Guillaume Brouscon et ceux que l'on trouve
dans
certains computs et traités d'astronomie produits par un scriptorium
bénédictin
breton du Xème siècle, et que l’on a pu voir à
l'exposition consacrée
au XVème
centenaire de l'abbaye de Landévennec (n° 88 conservé à la Bibliothèque
Nationale, Nouv. acq.
lat. 1616). Cette parenté me conduit à penser que
Guillaume Brouscon pourrait avoir consulté à l'abbaye de Saint-Mathieu
des
documents dans lesquels il aurait trouvé une partie des sources de son
inspiration.
Des marques d'imprimeur :
Brouscon utilise une marque d'imprimeur qui lui est
propre
et dont la forme rappelle bien d'autres marques comme celles de Galliot
du Pré
(1497-1504) ou Juste, à Lyon, (1529-1545)12.
Cette marque
n'autorise
aucune affirmation si ce
n'est que Brouscon
a eu en main des ouvrages de provenance parisienne, lyonnaise et
méditerranéenne qui ont contribué à la formation de son art. Jusqu'à de
futures
découvertes sur ce sujet, il est permis de penser que tant Brouscon que
Ian
Trodec, qui utilisa une marque d'artisan de même inspiration, ont
assuré par
eux-mêmes l'impression de ces livrets. Il est cependant plausible
qu'ils aient
fait confectionner les planches par des artisans spécialisés. En effet
à
l'étendue des connaissances nautiques et astronomiques dont témoignent
les
œuvres signées par G. Brouscon, s'ajoute un tour de main très sûr et un
talent de peintre
comparables à ceux de bien
des artistes contemporains. Qu'il ait eu de surcroît ceux d'un graveur
sur bois, capable de nous offrir
les angelots,
vases et augures des cadrans de San Marino est possible. J'estime pour
ma part
que ce cumul reste à démontrer.
Marques de Guillaume BROUSCON
:
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les initiales sont G ou
GB
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Marques de
Ian TRODEC : |
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Il convient, par ailleurs, de rappeler l'activité
artistique remarquable du Penn ar bed à cette époque.
Outre Christophe Trodec, qui nous a laissé un traité
de
navigation entièrement manuscrit, nous nous souviendrons que Dom Michel
Le
Nobletz utilisa, lors de ses missions, des cartes peintes dont
certaines sont
encore visibles à l'évêché de Quimper et dont l'ouvrage d'Alain Croix "La
Bretagne aux XVI et XVIIèmes siècles",
reproduit les
principales. Ce
n'est
peut-être pas un hasard si c'est précisément une veuve du nom de
Françoise
Trodec qui, entre 1613 et 1616, semble avoir réalisé ces cartes pour le
missionnaire à qui elle se dévouait. Enfin, les minus de Jehan et
François
Poncelin, seigneurs du Conquet, datés de 1540, sont décorés de très
belles
lettrines à entrelacs dont les extrémités zoomorphes sont bien dans le
style à
la mode, et rappellent celui du décor des roses de Brouscon conservées
à San
Marino. Leurs auteurs
pourraient bien
avoir été moines à Saint-Mathieu ou des artistes employés par l'abbé.
On aurait
peut-être du mal à en réaliser d'aussi belles de nos jours. C'est aussi
à
l'époque qui nous intéresse ici que les premiers calvaires du Léon ont
vu le
jour.
La présence de l'abbaye de Saint-Mathieu, toute
proche du
Conquet et où se trouvaient conservés les sceaux des brefs de mer
délivrés au
passage du raz, me fait proposer une hypothèse: La perception des brefs
de mer
par les abbés de Saint-Mathieu suppose la remise d'un document
permettant aux
capitaines de faire la preuve du paiement des droits. En raison du
nombre des
passages, il faut envisager que l'on ait eu recours de bonne heure
à des des instruments d'identification impliquant une marque imprimée.
Il
est tentant de suggérer que les moines aient pu disposer d'un atelier
de
copie, puis
d'impression des formulaires, atelier que Brouscon et par la suite Ian
Trodec auraient mis à
contribution13.
Maquette
de l'abbaye de St-Mathieu au 16ème siècle.
© Musée de la Pointe St-Mathieu, Plougonvelin (Finistère)
Création M.P.P.A., Rennes.
Dans la tourelle, un feu était entretenu pour la navigation.
En 1558, Le Conquet fut très sérieusement affecté
par la
descente d'une armée navale anglo-hollandaise qui fit des ravages
considérables. Il semble que les marins anglais aient mis de
l'acharnement à détruire
cette
petite ville, du moins si l'on doit se fier à l'enquête que nous laissa
M. de
Lezonnet, commis à l'évaluation des dégâts14.
Brouscon disparut-il en cette circonstance ? Les bois dont il faisait
usage pour
l'impression de ses petits livres furent-ils emportés par les Anglais ?
L'intérêt marqué par ceux-ci pour les guides
nautiques bretons laisse à penser que le pillage du Conquet permettait
de tarir
une source d'informations et de diffusion de la connaissance nautique
bretonne
et française tout en récupérant des documents recherchés, susceptibles
d'être
copiés et améliorés au profit de la puissance navale anglaise alors à
son
éveil. Le fait que I. Trodec semble avoir utilisé au moins deux
planches de
Brouscon, suggère que toutes ne furent pas détruites et qu'on put
mettre à
l'abri une partie au moins du trésor de Brouscon. Cela pourrait
suggérer aussi
que les planches aient été gravées dans un atelier situé hors du
périmètre
saccagé par les Anglais, pourquoi pas à Cuburien en Morlaix, par
exemple ?15.
Les travaux de Brouscon furent poursuivis au Conquet
au
cours des décennies qui suivirent. Outre une signature K.B, que
Dujardin
attribue à Katherine Brouscon, fille de Guillaume, Ian Trodec nous a
laissé
plusieurs ouvrages de même modèle que ceux de Brouscon, réalisés sur le
même
format et selon la même technique d'impression, à la différence qu'ils
ont été
réalisés après la
réforme grégorienne
du calendrier. Il s'agit là, d'ailleurs, de la seule innovation
significative
de Trodec qui, pour le reste, s'est borné à reprendre la méthode et il
me
semble, au moins deux bois de G. Brouscon. La complication du
calendrier
pérpétuel, unique en son genre, destiné à servir en mode julien comme
en
grégorien, me semble loin de la pédagogie si claire et si simple de G.
Brouscon dont la méthode sera d'ailleurs utilisée par Bouguereau,
éditeur de
cartes et atlas, à Tours, qui fera figurer les cadrans de marée sur sa
carte de
Bretagne15 .
L'exemplaire C 10809
du département des cartes et
plans de
la Bibliothèque Nationale, dont on ne peut consulter que les clichés,
provient
de la collection d'un comte A. de Cichowski en 1847.
L'exemplaire de la John Rylands library de
Manchester fut
acquis en 1892 avec la bibliothèque de George John, second lord of
Spencer.
A la liste fournie par Dujardin, il y a lieu
d'ajouter le vélin 1999
de la réserve de la Bibliothèque Nationale, dont j'ai pris
connaissance grâce à Mme Verin Forer. Ce document est établi pour être
utilisé
à partir de l'année 1584, comme on peut le déternimer par les nombres
d'or du
calendrier perpétuel. Cet exemplaire est probablement celui qui est
dans le
meilleur état de conservation de tous les almanachs conquétois. Il
mériterait
une reproduction en fac-similé. La date de 1584 et les années suivantes
ont été
ajoutées par une main qui n'est pas celle de l'auteur. Il me semble que
la
carte index de la "Baye", ainsi que le calendrier des fêtes mobiles
sont tirés de planches originales de Brouscon. Le trait en est épais
comme par
l'effet de pressions répétées. L'ouvrage contient une marque
d'imprimeur
semblable à celle de Brouscon et apposée de la même manière bien que,
naturellement,
sur une planche nouvelle. Il pourrait s'agir d'un des premiers travaux
de I.
Trodec, car dans certains exemplaires identiques, conservés en
Angleterre, les
planches dont je viens de suggérer l'attribution à Brouscon semblent
avoir été
remplacées.
Après
Ian Trodec nous
trouvons au Conquet Christophe Trodec, dont un traité de navigation
manuscrit
est conservé à l'Arsenal (ms.
fr. 2549). Aucun document imprimé de ce
cartographe ne nous est parvenu.
Il est plausible que d'autres documents apparaissent
au
cours de recherches à venir ou à l'occasion de ventes publiques. En
effet, G.
Marcel8 cite le cas d'un ouvrage de Ian Trodec,
mis en vente par M.
Jacques
Rosenthal à Munich et catalogué sous le numéro 413 de son "Inkunabula
typographica",
dont je n'ai pas retrouvé trace, ainsi qu'un exemplaire présumé
conquétois
signalé par le commandant C. Fernandez Duro, secrétaire perpétuel de
l'Académie
d'histoire de Madrid, ouvrage qui faisait partie, en 1899, de la
collection de
M. Rico y Sinobas.
De Brouscon, les archives du Conquet nous apprennent
que ses
fils, Guillaume et Laurent, furent très liés aux Trodec qui furent
parrains et
marraines de plusieurs de ses petits-enfants. Pierre le Cann, du Centre
Généalogique du Finistère, et son correspondant nantais, Yves Lulzac,
m'ont
signalé que Laurent Brouscon avait changé son patronyme en celui de Le
Lyneur. En effet,
la page 37 du manuscrit B
1063, Archives
départementales de la Loire-Atlantique mentionne: "Contrat passé entre
Laurens Brouscon dit Lineur...". Le document est daté du
23 octobre
1606.
Le même registre a permis d'identifier: "Yvon Brouscon, Laurent
Brouscon,
curateur de Philippe, François, Louis et Catherine Brouscon, héritiers
de feu
Guillaume Brouscon de son second mariage avec Jacquette Kerourien,
Jacquette
Brouscon, femme de Prigent Alain, Marie Brouscon. Les dits Yvon,
Jacquette et
Marie, aussi enfants de feu Guillaume Brouscon, de son premier mariage
avec
Marie Gouziau". Enfin, le registre des baptêmes du Conquet
mentionne au
13
août 1597 le baptême d'une Françoise, fille de Guillaume Le Lyner et de
Jacoba
Kerourien. Ce sont donc les deux fils de Guillaume Brouscon qui ont
semble-t-il
pris ce nouveau patronyme.
Je n'ai pu, à
ce stade, élucider les
raisons qui ont poussé les deux frères à ce changement de patronyme. Doit-on y voir une relation
avec la guerre civile,
l'occupation d'une partie de la région brestoise par les Espagnols ?
C'est, en
effet, en 1594 que Sourdeac fait dresser par Ian Troadec un plan du
fort de
Crozon.
De fait, je n'ai, pour le moment, trouvé nulle
part le
nom de Brouscon sous
la même graphie, si ce n'est grâce à l'obligeance de P. Nienhuis,
constructeur
naval hollandais, qui m'a fait savoir qu'une famille du nom de Brouscon
existait il y a quelques années en Flandre wallone.
Naturellement les considérations ci dessus ne
peuvent
suffire à établir une origine flamande de Guillaume Brouscon.
Cependant, et en
l'absence d'éléments nouveaux, il reste que cet homme aux connaissances
et aux
dons artistiques remarquables, est peut-être venu d'ailleurs s'établir
au
Conquet. Pour quelles raisons ?
Dans l'état de nos recherches, nous ne pouvons que
résumer
ce que nous avons constaté et, tout d'abord, noter la connaissance
précise, et
du Canada et de la Grande Java, attestées par la carte de San Marino,
ensuite
rappeler l'empreinte lusitanienne des roses qui décorent ce document,
ainsi que
le manuscrit fonds français 25374
de la Bibliothèque nationale,
semblables à
celles de Jean Rotz, de même que la ressemblance des bordures de G.
Brouscon
avec celles de " l'anonyme de La Haye". La communauté
d'inspiration
avec les artistes graveurs de Paris et de Lyon ou des Flandres ne nous
a pas
paru, pour l'instant, autoriser de conclusion.
Brouscon a-t-il été un navigateur
doublé d'un
artiste?
A-t-il, de surcroit été imprimeur ? Quelles sont les raisons qui ont
poussé ce
personnage mystérieux à s'installer au Conquet, alors même que les
connaissances dont témoignent ses ouvrages lui auraient ouvert le
meilleur
accueil à la cour de France ? A
cet
égard il convient de remarquer que son oeuvre la plus complète est
antérieure
au reste de sa production. Est-il venu des Flandres où il avait eu la
possibilité de connaître les dernières découvertes
hispano-lusitaniennes ?
C'est tout à fait plausible. Pour quelles raisons l'aurait-il fait ?
Doit-on envisager que cela
ait eu une
relation avec les troubles causés en Flandre, dès cette époque, par
les
conflits religieux ? Est-il de ces hommes qui ont préféré la liberté
dans
l'humilité à une vie contraire à leurs convictions ? Un tel dépassement
de soi,
chez un être aussi doué, ne serait pas contraire à l'esprit qui se
dégage de
son œuvre .
Si notre curiosité reste insatisfaite, nous ne
pouvons nous
abstenir de noter de troublantes ressemblances entre les destins
possibles d'un
Guillaume Brouscon et ceux des hommes de notre temps.
Enfin, si comme tout le laisse à
penser, les Bretons,
insulaires comme armoricains, pratiquèrent pendant plus d'un millénaire
une
navigation intense, en vue de côte le plus souvent, et sans doute par
des
méthodes qui rappellent celles utilisées encore récemment par les
peuples du
Pacifique, faisant usage en particulier de l'observation des vols
d'oiseaux
migrateurs, ainsi que je le note à la lecture des voyages de Mael-Duin
et des
pérégrinations des moines de Saint-Mathieu rapportés par Godefroy de
Viterbe
par exemple, comment expliquer que ces mêmes Bretons n'aient pas
utilisé plus
tôt les méthodes que Guillaume Brouscon leur enseigna ?
Quoi qu'il en soit, Brouscon, en
vulgarisant, grâce à
l'imprimerie, une méthode qui affranchissait les caboteurs atlantiques
de la
nécessité de doubler l'Armorique par le passage des raz, se fit
l'artisan
involontaire du déclin du Conquet.
NOTES:
(1) J.
Heers, "Gènes au
XV e siècle", réédition Flamarion, 1971, pages
205-245.
E.B.
Fryde, "Italian maritime trade with
medieval England 1270-1530", dans "Les
grandes escales",
Bruxelles, 1974.
(2)
Leur
taille était de l'ordre de 100 tonneaux. Voir à ce sujet
J. Bernard, "Navires et
gens de mer à Bordeaux 1400- 1550", Paris,
1968 et H. Touchart, "Le
commerce maritime breton à la fin du Moyen
Age", Paris, 1967.
(3) H.
Michea "De
l'utilisation des martelloios ou roses des vents au Moyen Age",
dans
Bulletin technique du Bureau Véritas, avril 1984, pages 216-225.
(4)
Réédition
par le Commander D. Waters
"The rutters of the sea",
Yale university Press, 1967.
(5) En
1370, Rainier Grimaldi vint prêter main forte à des
opérations en Manche
ordonnées par
Charles V, et en 1513 les galères de Provence de Prégent de Biddoux
vinrent, au
Conquet même, venger Hervé de Portzmoguer. A.
Spont,
"The french war 1512-1513",
dans Navy records society, vol X, 1897.
(6) Ouvrage
de R. Hervé, "Découverte
fortuite de l'Australie
et de la Nouvelle-Zélande par des navigateurs portugais et espagnols
entre 1521
et 1528", Paris, Bibliothèque Nationale, 1982.
(7) Ces
almanachs sont étroitement liés
à plusieurs autres conservés au British
Museum, en particulier le C
36 aa 4, ex Sloane
966, qui fut l'objet
d'une
mention par J. Ph. Berjeau dans son "Catalogue des livres
xylographiques", Londres, 1865,pages 55-60, ainsi que par
E. Dutuit
dans
son ouvrage cité ci-après.
Par ailleurs, j'avais pensé que les
C 18
e 2 (73), C 41 a 28, C 36 aa 5 et C 29
c 6, pourraient être des "Brouscon". Je n'ai pu les
examiner. Deux
d'entre eux sont, selon le conservateur, en très mauvais état et ne
pourraient
supporter d'être photographiés, en raison du rique qu'il y aurait à les
déplier.
C'est pourtant la seule manière que j'entrevois d'affirmer s'ils sont
de la
même planche que les autres. Cependant, je dois au Commander Howse, qui
les examina à ma demande et m'en fit une description, la présomption
que le
C 41 a
28 soit un frère du C
36 aa 4 . Le Commander Howse précise que cet
exemplaire
porte dans un ovale ce qui semble être un M majuscule suivi d'un S, et
que le C
36 aa 5 lui est absoluement semblable.
A cela il y a lieu d'ajouter les ouvrages de Ian
Trodec
dont il sera question ci-après.
(8) Docteur
L. Dujardin-Troadec, "Les
cartographes du
Conquet, la navigation en images, 1543-1650", Imprimerie
commerciale,
Brest, 1966.
G. Marcel, dans "Sur un almanach
xylographique à l'usage des marins
bretons", Paris, 1900, faisait une brève analyse du
document C 10809
du
département des cartes de la Bibliothèque nationale dont l'auteur est
Ian
Trodec, et le comparait aux exemplaires du British Museum et de
Chantilly, dont
il identifiait l'auteur, Guillaume Brouscon. Il précisait alors:
"C'était
hier un nom absolument
ignoré dans
l'histoire de la cartographie et qu'il est bon de tirer de l'injuste
oubli o|
il est tombé."
Précisons que
J.
Ph. Berjeau dans son "Catalogue
des livres xylographiques", Londres,
1865, décrivait le BM C
36 aa 4, alors noté Sloane
966, ainsi que le
"Trodec" de
Manchester, qui se trouvait alors dans la collection de
Lord Spencer, sans tenter d'expliciter la signification de ces
alamnachs.
En 1885, E. Dutuit, dans son "Manuel de l'amateur
d'estampes", Paris,Bibliothèque Nationale cote 4° V 1061 (1.1),
pages
293-297, fournissait une description avec fac similé de la marque de
Ian
Trodec, tout en précisant que "l'explication
n'en a pas été donnée".
Il revenait au docteur Dujardin d'établir les liens
entre
les ouvrages examinés par ses prédécesseurs, d'expliciter la marque de
Trodec,
et l'usage des cadrans de marée, dont la conception est l'innovation
principale
de ces petits almanachs.
L"Atlas
catalan" d'Abraham de Cresques, daté de
1375, comporte un cadran donnant les marées, pour le seul
jour, cependant, de la
nouvelle lune, en certains lieux remarquables, parmi lesquels
Saint-Mathieu.
(9) "Histoire
de l'édition française",Paris,1983,
chapitre: "Les réalités
provinciales" par P. Aquilon, page 363, note
7. Nous savons que
la famille Le Verge
résidait à la fin du XVème siècle à Poulherbet
en Plougonvelin et
qu'elle a
donné plusieurs générations de maîtres de barques dont on trouve les
traces à Bordeaux
et Anvers. L'un d'eux, René, fit l'acquisition, au début du XVIIIème
siècle, du
"Lion d'or" du Conquet. Son fils, Noël et son petit-fils, René, y
vécurent; la
veuve de ce dernier s'y éteignit au milieu du siècle dernier.
(10) Etudes
canadiennes n°17,Talence, 1984 pages
235-230."Note concernant
les procédés de navigation à latitude
constante
au XVIème siècle"
L'observation
de la hauteur du
soleil au moyen de l'arbalète se faisait "par l'arrière" en
recherchant une collimation de l'horizon et de l'ombre portée par le
marteau de
l'instrument. J'estime, dans l'état de mes recherches et essais, à
environ
trente minutes, soit près de 55 kilomètres, l'erreur possible de ce
procédé.
Bien que ce ne soit pas ici le lieu, je préciserai
encore
que l'usage de la virgule flottante n'était pas largement diffusé et
qu'il
existe de fortes présomptions que les opérations arithmétiques aient
été
réalisées au moyen du boulier romain, comme le font encore de nos jours
les
commerçants chinois. C'est certainement la raison pour laquelle la
plupart des rares
calculs qui nous sont parvenus fournissent les valeurs sous forme
fractionnaires, par exemple, le rapport de la circonférence au
diamètre, que
Verrazano donne pour valoir "trois et un septième".
(11) E.
F. Bosanquet, "English
printed
almanacks and prognostications, a bibliographical history to 1600",
Londres, 1917.
L'auteur
mentionne à ce propos des almanachs nautiques
"printed from wood
blocks....most probably in Brittany". Il précise
que le BM C 29 c 6 était
roulé de cette manière.
L.
Delisle, dans "Les
heures bretonnes du XVI ème siècle", (Bibl
Ecole des Chartes, 1895 t LVI,
pages 1-10, précise : "Une
colonne de ce calendrier est remplie par des
figures symboliques caractérisant les principaux saints de chaque mois,
suivant
le système de ces calendriers gravés sur planchettes que l'on a
longtemps
attribué aux peuples du Nord." L'auteur explique comment
les bois
utilisés
pour l'impression de la décoration de l'ouvrage sont passés d'un
atelier
d'imprimerie à l'autre, et ont séjourné à l'atelier de Jacques Kerver,
avant de
se perdre, peut-être définitivement.
J. Ph. Berjeau, dans son "Catalogue des livres
xylographiques", cité plus haut, évoque
un calendrier de Jean Muller, dit "Regiomontanus",
décrit ci-après, ainsi que celui de
Conrad
Kacheloven, dans lequel on trouve les épactes selon un diagramme
circulaire et
une notation au moyen de ce que Berjeau qualifiait de "chiffres
runiques"
D'aprés Berjeau, une planche d'un pouce et demi
d'épaisseur ayant servi au tirage du calendrier de Jean Gmunden de 1439
existait encore à Gotha en 1865, et serait mentionnée dans l'impression
de
l"Histoire de
l'imprimerie " de docteur Falkenstein.
Jehan Muller, le célèbre Régiomontanus, mentionné
par
Berjeau, publia en 1472, un "Calendarium",
avec
prédiction des lunes par les nombres d'or,
lequel fut réédité sous le nom: "Der
deutche Kalender des Johanes
Regiomontan", fac-similé Kommissions verlag, Leipzig, 1937. Cet ouvrage contient deux
roses pivotant
autour d'un nœud de soie dont la couronne extérieure est divisée en
douze
mois, eux-mêmes subdivisés en trois sections de dix jours. Ce
dispositif est
identique à celui utilisé plus tard, dans le traité de navigation de
Christophe
Trodec.
Dans "Hundert
kalender inkunabeln" de Konrad
Haebler, Strasbourg, 1905, on voit à la planche 80, un calendrier dit
de G.
Glockendon, daté de 1493, qui utilise outre le principe du calendrier
pluriannuel, des vignettes décrivant les principales tâches paysannes
de chaque
mois, et indique les épactes et les nombres d'or, selon une notation à
base de
batonnets agencés de la même manière que celle en usage dans les
calendriers de
Brouscon.
(12) Dans
Sylvestre, "Les marques
typographiques", Paris,
1853, on vérifiera les ressemblances des marques de G. Brouscon et I.
Trodec
avec divers artistes de Paris, Lyon et Rouen: Eustace Guillaume, Paris
1493-1525, n° 63, Robert Macé, Rouen 1498-1506, n°134, Mansion Colard,
1475-1484, n°194, Juste, Lyon, 1529- 1545, n° 210, et bien d'autres
encore. Les
ouvrages de M.L. Polain," Les
marques d'imprimeurs et libraires en
France
au XVème siècle", Paris,
1926; Ph. Renouard, "Les
marques
typographiques à Paris aux XVème et XVIème siècles ", Paris,
1928; et
bien
d'autres ouvrages fournissent mille occasions de trouver des
similitudes aussi
bien entre les marques que les motifs de décoration employés par G.
Brouscon et
I. Trodec d'une part, et les graveurs
et imprimeurs cités dans ces ouvrages d'autre part.
J'ai examiné quelques ouvrages décrivant les marques
italiennes, ibériques et flamandes et j'y ai trouvé également des
points
communs. Cependant, au fur et à mesure de ma progression, j'ai ressenti
l'impression qu'il s'agissait plus d'une adhésion à une mode que d'une
filiation intellectuelle ou artistique précise.
J'ai remarqué dans GK. Nagler,
"Monogramisten",Munich,
1881, tome 2, n° 2754, la marque de Girolamo
Bellarmato, 1530/1540, Florence, qui ressemble à celle de G. Brouscon.
Dans
"Monumenta
cartographica
vaticana", (t II), par Roberto Almagia, on trouvera
un exposé de la
vie de cet homme qui
est connu pour
avoir travaillé aux fortifications de Dieppe et du Havre à partir de
1536. Il
fit plusieurs voyages entre la France et Sienne, sa ville natale, en
1546 et
1549, et déclina une invitation à Sienne en 1554. On ne sait avec
certitude ni
la date ni le lieu de son décés. La carte de Toscane qu'il a laisée
montre que
la main qui la réalisa ne peut être celle de Brouscon. Cet exemple
montre
combien la recherche de l'identité de ce cartographe pourra réserver de
déceptions.
(13)
A ce sujet, il convient de remarquer l'ouvrage B 41454 de la
reserve de
la Bibliothèque
nationale, analysé par L. Delisle, dans "L'ancien bréviaire de
Saint-Pol
de Léon", document conservé à la Bibliothéque Nationale,
Reserve, n°
4920,
dans Bibl. de l'Ecole des Chartes,
septembre 1904, pages 537-554; dans lequel on voit: "que deux chanoines
de
cette église, François le Veyer et Guillaume Fougay avaient aidé Hamon
Barbier
à préparer le texte de ce bréviaire", lequel fut imprimé
en 1516. Or le
rentier de Saint Renan, de 1544 dont nous devons la publication à Jean
Kerhervé, Anne-Françoise Perès et Bernard Tanguy,
mentionne -fol
36 v°-
qu'Hamon Barbier était encore à cette époque abbé de Saint-Mathieu. Il
s'agit
de celui qui, pour les besoins d'un procès, transporta, dit-on les
titres de
l'abbaye au chateau de Kermorvan,
d'où
on perd leur trace. Le manuscrit Bibliothèque Nationale, fonds français
20895,
"Recueil de titres
originaux et copie
d'actes concernant les abbayes de France" p 121 -130,
mentionne Hamon
Barbier, abbé de 1536 à 1541. Quant à François le Veyer il était membre
d'une
famille qualifiée dans plusieurs actes de la série B des archives de la
Loire-Atlantique, de seigneurs de Poulconq. Le manoir de Bernard puis
Jehan
(Arch dep
Loire-Atlantique, B 1024,
daté de
1540), existe encore, au bord de l'eau sur la grève
de l'antique port du
Conquet aujourd'hui comblé.
(14) Dom
Morice, "Mémoires pour
servir de preuves à l'histoire
de Bretagne", t. III, col, 1225/1227.
(15) Je dois à Michel
Simonin d'avoir appelé mon
attention sur
la vignette qui orne la "Legenda
Maior sanctis", de" Impressa
Cuburij", 1575 dans laquelle je relève des formes de
toitures et
clochers
décorés de croix et pavillons comme le fit G. Brouscon. Là encore on
trouve une
ressemblance de style sans qu'il soit possible d'établir un lien formel.
(16) Bibliothèque
Nationale, Cartes et plans, cote Ge
D 15021.
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