HISTOIRES
DE
MER
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d'anniversaire
Un
bananier chargé
de ferraille
Partie
de cache-cache
dans le brouillard
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de mer
La
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vaisseaux de pierre
Un
malamok
peut en cacher un autre
L'aventure
câblière
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Déolen
en Locmaria-Plouzané
Le
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Nouméa:
la
vie sur les pontons
Cyclone
dans
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Le
guetteur de Molène
Des
liens de varech
Il
a neigé sur la ville d'Ys
Quand
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La
Pierre aux Femmes
Le naufrage effacé
Noël
sur un bateau
Tempête
en mer de Chine
Le
gabier de La Saône
Vole,
mon goéland !
Là-haut
sur la mer
Les 8 vents de Majorque
|
Partie de
cache-cache dans le brouillard ©
Un
sauvetage
maritime vécu et écrit par Jean BULOT.
|
Portsall le 11
août
1979, l'Amoco Cadiz
n'est
plus qu'un mauvais souvenir. Après un travail
acharné,
les plages sont devenues presque propres; seuls les rochers gardent
encore les traces de la marée noire. Les estivants qui sont
venus passer leurs vacances sur les côtes du
Finistère-Nord ne sont pas déçus car
le soleil est
généreux. Toutefois, à quelques
kilomètres
seulement de la mer, penché sur ses dossiers, un homme n'a
que
faire du soleil, de la plage et de ses loisirs. Ce
sénateur-maire centriste, à l'origine robuste
cultivateur, s'est trouvé, par ironie du sort,
engagé
dans un drame venu de la mer. Car le jour où l'Amoco
Cadiz
s'est échoué, Alphonse Arzel était,
depuis
près de vingt ans, maire de Ploudalmézeau la
rurale... et
de Portsall la maritime!
|
Son
charisme, sa
vitalité, sa
cohérence et son langage imagé lui ont valu
d'être
porté par ses pairs à la tête du
Syndicat mixte de
protection et de conservation du littoral nord de la Bretagne regroupant 90 communes
sinistrées des
Côtes
d'Armor et du Finistère-Nord. En effet, les
élus du
littoral, exaspérés par la succession des
marées
noires et décidés à
connaître la
vérité sur les causes du naufrage de l'Amoco
Cadiz
et obtenir réparation des préjudices subis, ont
décidé de se constituer partie civile et
confié la
défense de leurs intérêts à
un cabinet
d'avocats français. La guerre est ainsi
déclarée
au puissant groupe américain Amoco, propriétaire
du
pétrolier, et l'instruction du dossier et le
procès vont
se dérouler à Chicago. La lutte durera quatorze
années, mais les Bretons ne baisseront jamais les bras et se
battront jusqu'au bout avec acharnement. |

L'ancre de l'Amoco
Cadiz à Portsall.
Ce
jour-là donc, l'horizon est brumeux et la
visibilité,
réduite à deux milles, risque de s'aggraver
à la
tombée de la nuit. En Manche, le Panmercury
fait route à l'ouest en longeant les côtes du
Finistère. Battant pavillon du Panama, ce caboteur d'une
soixantaine de mètres, d'un certain âge, les cales
vides
mais avec environ soixante mètres-cubes de gas-oil dans ses
soutes, a quitté la Belgique quelques jours auparavant. Sans
doute à cause d'ennuis mécaniques, il a
relâché la veille à Cherbourg, puis a
emprunté le Raz-Blanchard pour gagner Ouessant et faire
route
ensuite vers la Grèce, avec un capitaine belge et huit
hommes de
nationalités diverses à son bord.
En fin d'après-midi, le caboteur navigue dans une brume
épaisse, réduisant la
visibilité
à une centaine de mètres. |
Le
capitaine fait
une veille attentive
au
radar tandis que le matelot de quart guette le moindre son anormal sur
l'aileron de passerelle. Quelques milles plus loin, un petit echo
très proche sur bâbord est
détecté sur
l'écran radar. Prudent, le capitaine réduit
l'allure et
presque aussitôt entend des appels au secours. Il
manœuvre
pour se rapprocher ; sortant de la brume, un canot retourné
apparaît alors à quelques dizaines de
mètres. Trois
personnes y sont accrochées d'une main et font des signes de
l'autre. Ces trois plaisanciers, qui ont quitté la
côte
pour une partie de pêche au large de Portsall, sont
tombés
en panne de moteur et au cours de leur manœuvre de mouillage
pour
éviter de dériver trop loin, l'embarcation s'est
retournée, les précipitant à la mer. |
| Comme
le
capitaine du Panmercury
n'a pas l'intention de relâcher pour débarquer les
naufragés, il alerte les autorités
françaises et
demande qu'une embarcation quelconque vienne les
récupérer à son bord. Le canot de
sauvetage de la
S.N.S.M. appareille de Portsall et fait route sur la position
donnée par le caboteur. Mais la visibilité est
nulle et
une partie de cache-cache va durer deux heures. Equipé d'un
radar de faible portée, le capitaine belge n'est pas
sûr
de sa position. La ronde dans la brume se poursuit donc dans le
noroît de Porsall ; la vedette de la S.N.S.M.
repère des
échos, les identifie, mais ne parvient pas à
repérer le bateau.. Devant ces vaines tentatives, le
capitaine
du Panmercury,
estimant avoir
suffisamment perdu de temps, prévient par radio qu'il
poursuit
sa route et débarquera les trois naufragés dans
un port
de son choix. |
A
quai au
port de commerce de Brest, l'Abeille
Normandie,
après plusieurs jours passés en mer d'Iroise,
fait le
plein d'eau douce et de vivres avant de repartir en mission.
Alerté en tout début de
soirée, j'ai suivi
à la passerelle le déroulement de ces
événements à la radio sans toutefois
m'en
inquiéter outre mesure car l'issue semblait heureuse. Mais
peu
de temps après, le Panmercury
lance un appel de détresse en signalant une voie d'eau
après s'être échoué sur des
roches.
Toutefois son capitaine ne sait pas exactement où il se
trouve.. entre le phare de Corn Carhai et celui du Four
estime-t-il ! |
Cette incertitude représente plusieurs milles et les
recherches
s'avèrent dès lors difficiles et
aléatoires avec
cette brume épaisse.
A peine un quart d'heure après la demande
d'assistance, l'Abeille
Normandie
a déjà franchi les jetées et, bien que
la
visibilité soit nulle, je décide
malgré tout de
pratiquer les chenaux du Four pour arriver au plus vite. En tout
début de nuit, le caboteur signale par radio qu'un
canot
de pêche se trouve le long de son bord et que
l'évacuation
de son équipage et des naufragés est en cours...
puis
silence total sur les ondes. |
Après
une semaine de
pêche à la palangre en mer d'Iroise
à bord de
son bateau de huit mètres Mouez-ar-Mor,
Jean Quivoron de Portsall se repose à la maison. Bien
entendu,
la nouvelle du caboteur échoué s'est vite
répandue
sur les quais, mais personne ne s'alarme puisque la vedette S.N.S.M.
est en mer pour l'assister. Et puis un caboteur, ce n'est quand
même pas l'Amoco
Cadiz !
Peu de temps avant de se mettre au plain sur les roches, le
capitaine
belge a signalé avoir fugitivement aperçu le
balai d'un
phare à trois éclats. Vraisemblablement
Corn-Carhai, mais
peut-être aussi le phare du Four dont les
caractéristiques
sont de trois + deux éclats. Dans le doute, les sauveteurs
concentrent leurs recherches plutôt du
côté du Four,
dans l'obscurité et l'épaisse brume qui les
rendent
très difficiles, voire impossibles. |
De
terre, Jean Quivoron suit le déroulement des
opérations en cours et s'impatiente. Finalement, il
décide d'y participer avec son bateau car il a sa petite
idée sur l'endroit de l'échouement. Depuis qu'il
est en
âge de naviguer, il n'a cessé de pratiquer les
chenaux du
coin et connaît toutes les roches par leur nom. Pour armer
son
bateau, il fait appel à un ami et à son fils ; le Mouez-ar-Mor
quitte son corps-mort en fin de soirée, naviguant au radar
dans
la brume, mais sans pouvoir correspondre avec le caboteur et la vedette
de la S.N.S.M. car il n'est pas équipé de radio
VHF.
Suivant son idée, il fait route pour contourner le phare de
Corn-Carhai par l'est. Puis, à vitesse réduite,
il longe
les roches et allume son petit projecteur pour mieux se faire
repérer. Un quart d'heure plus tard, il aperçoit,
trouant
à peine l'obscurité brumeuse, le pinceau d'un
projecteur
braqué dans leur direction.
|
En
s'approchant avec
précaution, l'équipage du bateau de
pêche
découvre le caboteur, l'avant
perché
sur une longue roche
connue sur les cartes marines sous le nom de Roch'Allamp. Pour
évacuer les hommes à bord, le patron tente
d'accoster sur
bâbord du Panmercury
entouré de roches et de peu d'eau car c'est presque l'heure
de
la basse mer. Après avoir talonné plusieurs fois,
il
décide de tenter sa chance de l'autre
côté.
Peu après minuit, le Mouez-ar-Mor
accoste la grosse roche Roch'Allamp. Le caboteur se trouve à
une
centaine de mètres, mais comme la visibilité ne
dépasse pas les cinquante mètres, le
problème est
de faire venir les naufragés jusqu'au bateau de
pêche sans
qu'ils se perdent dans la brume. Un des trois hommes saute sur la roche
et traîne derrière lui un filin jusqu'au bateau
échoué. Etablissant ainsi une main-courante, les
marins
n'ont plus qu'à la suivre pour arriver sains et saufs
à
bord du sauveteur qui est de retour à Porsall à
deux
heures du matin. |
Arrivé
entre-temps sur
zone et au courant du dénouement heureux de
l'opération
de sauvetage, je n'ai toutefois pas l'intention de faire demi-tour et
décide de tenter une manœuvre dans la
matinée,
à condition que le caboteur soit toujours à flot.
Je
mouille donc l'Abeille
Normandie entre le plateau de roches et la
bouée de Porsall en attendant le lever du jour.
Grâce aux renseignements fournis par le patron du
canot, nous
avons désormais une idée assez précise
de la
position du navire abandonné. Au petit jour, le zodiac,
armé par le second capitaine et deux matelots
équipés de brassières de sauvetage et
de
combinaisons de plongée, quitte le bord en direction du
phare de
Corn-Carhai. Comme le courant est violent et en plein travers, le
second a pour consigne de se diriger sur le phare émettant
à intervalles réguliers des signaux sonores de
brume.
Puis, après l'avoir reconnu, de faire route doucement debout
au
courant, à raser les roches. Avec un peu de chance, car la
visibilité ne dépasse toujours pas les cinquante
mètres, ils trouveront l'épave, si toutefois elle
flotte
encore. |
|
Vingt minutes plus tard, ils tombent pratiquement nez à nez
avec le Panmercury
fortement gîté sur bâbord. L'avant,
encastré
entre deux grosses roches, est hors d'eau tandis que la partie
flottante de l'épave suit les mouvements de la houle en
tossant
sur les fonds de roche. L'officier de l'Abeille Normandie
grimpe à bord pour une investigation et constate que la
salle
des machines et une des deux cales sont à moitié
envahies
par l'eau. Avant de prendre une décision, je lui demande de
revenir pour me faire un rapport plus détaillé.
La
visibilité étant toujours nulle, nous actionnons
notre
corne à brume pour qu'ils puissent se diriger sur nous. |
Evidemment, ce caboteur avec ses soixante mille litres de gas-oil en
soutes n'a rien de comparable avec un pétrolier ou un navire
quelconque échoué, mais s'il se casse en deux et
coule,
il provoquera malgré tout une pollution de surface
importante.
Or nous sommes en plein mois d'août et les nombreux touristes
en
vacances n'apprécieraient certainement pas ! Il me semble
donc
primordial d'éviter tout risque de pollution et obtiens
liberté de manœuvre de la part de la
préfecture
maritime. |
A la lumière du rapport du second capitaine, il
s'avère
que le caboteur est entouré de roches dont les plus grosses
se
trouvent sur son arrière. Il n'est donc pas question de
tenter
une approche quelconque avec un remorqueur calant plus de six
mètres. Je propose alors d'essayer, au plus fort de la
marée, de faire passer le caboteur par-dessus les roches,
puis
de le mouiller dans une zone un peu plus dégagée.
Notre
canot équipé d'un puissant moteur,
armé par quatre
hommes et escorté par le zodiac, prend sans tarder la
direction
de l'épave. Deux marins montent à son bord et
passent un
gros filin au remorqueur improvisé qui tractionne en vain
car le
bateau, alourdi par l'eau, ne décolle pas des roches.
Toutefois,
un peu avant la pleine mer et avec l'aide d'un bateau de
pêche
arrivé sur les lieux, l'épave est finalement
dégagée et mouillée deux cents
mètres plus
loin.
Mais l'eau monte rapidement dans le compartiment moteur et
dans la cale
; la gîte atteint quarante degrés et le pont est
en partie
submergé. Deux motopompes sont mises en batterie, mais au
bout
d'une heure, alors que le bateau se vide et se redresse, les pompes
tombent en panne ! Sans perdre de temps, je demande au remorqueur Tenace de la Marine
nationale, arrivé depuis peu sur place, de nous fournir deux
pompes et un homme d'équipage. |
Profitant
d'une légère amélioration de
la visibilité, je lève l'ancre et mouille l'Abeille Normandie
au plus près de l'épave pour gagner du temps dans
le
transfert du matériel et du personnel. Ils sont maintenant
une
dizaine de marins à bord du Panmercury
qui continue à faire de l'eau et à prendre de la
gîte. Craignant que le bateau ne chavire brutalement, je leur
recommande de prendre des dispositions pour l'évacuer en
toute
sécurité au dernier moment.
Mais
à
force
d'opiniâtreté, de courage et de sang-froid,
ils
arrivent
petit à petit à assécher en grande
partie la cale et la
salle machine ; le caboteur se redresse en gardant toutefois une
gîte permanente d'une dizaine de degrés. |
Ne
pouvant
approcher du caboteur à cause du manque d'eau, je
décide
de le faire remorquer jusqu'à l'Abeille
Normandie.
Mais comme notre canot est trop faible pour exécuter cette
manœuvre, je demande le concours du canot S.N.S.M. et d'une
grosse vedette de la gendarmerie sur zone. A
eux trois, ils sortent le
bateau de son nid de roches et le tirent jusqu'à nous.
Après avoir passé un gréement
léger sur son
avant, nous faisons route sur Brest en empruntant le chenal du Four
tandis que les quatre hommes restés à bord
surveillent
les entrées d'eau et assèchent les compartiments
dès que le niveau monte. Nous arrivons enfin sur rade de
Brest
sans problèmes et le caboteur, pris en charge par un
remorqueur
portuaire, est mis à quai au port de commerce. |
|
Pour la petite histoire, le Panmercury,
abandonné par son armateur et son équipage,
restera
plusieurs mois le long du quai avant d'être finalement
découpé sur place pour la ferraille.
Dès le
départ, il était évident, vu
l'âge et
l'état du bateau, que cette opération ne
rapporterait
rien aux sauveteurs. Ce qui me permet de faire remarquer à
certains de nos détracteurs que nous pouvons aussi
travailler et
prendre des risques pour la gloire ! |
Jean
Bulot
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