On
connaît peu de choses des origines
gênoises du navigateur
le plus célèbre de tous les temps. Et ce manque
d'informations a
permis à des auteurs de faire de lui un Portugais, un
Espagnol,
un Catalan et même un Corse. Aujourd'hui, les historiens s'accordent
pour une naissance du navigateur dans la banlieue de Gênes en automne
1451, au sein
d'une famille de tisserands. Il était l'aîné de cinq enfants.
Son
véritable nom, en italien, est Cristoforo
Colombo. En portugais, ce nom est devenu Cristóvão Colombo, en espagnol
Cristóbal Colón et en latin, la langue internationale de l'époque,
Christophorus Columbus, comme l'indique la statue ci-dessus que l'on
peut voir à Vienne.
Sa célébrité est telle que l'on recense
aujourd'hui à travers le monde plus
de
500 statues, monuments et tableaux du navigateur.
Comme on n'a vraisemblablement réalisé de lui aucun portrait de son
vivant, aucune de ces
œuvres ne lui ressemble véritablement.
Christophe Colomb navigua très jeune, comme
mousse, en Méditerranée. Il est très probable qu'il participa
alors à des trafics d'armes avec les musulmans. On
le retrouve ensuite à Bristol, en Grande Bretagne, puis à Lisbonne où,
ambitieux et beau parleur,
il séduisit et épousa Felipa Moñiz de Perestrello, une jeune noble dont
le père
avait obtenu la concession de l'île de Porto-Santo, dans l'archipel de
Madère. Colomb y séjourna et apprit que l'on y trouvait parfois
d'étranges bois flottés que les vents d'ouest échouaient sur
ses plages. La
situation géographique de l'île, en plein Atlantique, était propice à
le faire rêver à d'autres rivages plus occidentaux encore, où
poussaient sans doute ces essences exotiques inconnues.
La rotondité de la Terre, si elle n'avait pas
encore été prouvée à
l'époque, ne faisait pourtant aucun doute auprès de nombreux
scientifiques. Ignorant l'existence du continent américain, des
géographes comme Paolo Toscanelli et Martin Behaim imaginaient des
cartes et des mappemondes sur lesquelles Cipango ( le Japon ) et Cathay
( la Chine ) occupaient l'emplacement du Nouveau Monde. Dès lors,
Colomb conçut le projet d'affronter l'Atlantique d'est en ouest pour y
parvenir
beaucoup plus rapidement qu'en tentant de contourner l'Afrique.
A
son retour de Porto-Santo, en 1484, Colomb demanda audience au roi Jean
II de Portugal afin de lui exposer son idée. Mais le pays était déjà
engagé depuis des dizaines d'années dans une découverte méthodique des
côtes africaines afin
d'ouvrir la route des Indes. De plus, le jeune Italien était
gourmand : il voulait, entre autres, être annobli, recevoir le titre de
Grand amiral de la mer océane, toucher le dixième des revenus que
pourraient procurer de nouvelles conquêtes et faire bénéficier sa
famille de l'hérédité de sa charge. Le roi n'éconduisit pas l'ambitieux
navigateur, mais il confia son projet à une commission, ce qui
reportait sa décision aux calendes grecques...
Christophe Colomb quitte le Portugal, où sa femme
Felipa vient de mourir, et rejoint l'Espagne avec son jeune fils Diego,
âgé de quatre ans. Il trouve refuge dans le petit couvent de la Rabida,
à quelques
kilomètres du port de Palos de la Frontera, sur le rio Tinto, au sud de
la Castille, non loin de Huelva où résident deux de ses beaux-frères.
Parmi les religieux du couvent, l'un a été le confesseur de la reine,
l'autre est
un éminent géographe que le projet du navigateur intéresse au plus haut
point.
Grâce à ces relations, Colomb accède à l'entourage
de la
reine Isabelle. Cependant, en 1486, la priorité royale est d'achever la
reconquête du pays sur les Maures. Il faut attendre la chute de la
poche musulmane de Grenade, le 2 janvier 1492,
pour que le
couple royal que forment Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon
accède enfin aux désirs du quémandeur. Le 14 avril voit la signature
des capitations de Santa-Fé :
" Christophe
Colomb, pour la durée de sa vie, ses héritiers et successeurs, jouiront
sur toutes les terres et continents qu'il pourra découvrir dans
l'Océan, de la charge de Grand Amiral. Il sera vice-roi et gouverneur
de toutes les îles et continents découverts; il aura la dixième partie
des pierres précieuses, or, argent, épices et tous autres articles de
commerce; il recevra la huitième partie des bénéfices des découvertes".
Le premier
voyage ( 1492 - 1493 )
Grâce à l'aide de Martin et Vincent Pinzon,
riches armateurs de
Palos, l'expédition fut préparée en
quelques mois. On arma deux caravelles : La Pinta
( la "Fardée" ) et la
Niña ( la "Jeune Fille" ) ainsi qu'une
caraque, un vaisseau plus gros, ponté, d'une trentaine de mètres de
longueur, la Marigalante,
que Colomb rebaptisa Santa
Maria afin de la dévouer à la Vierge. On embaucha 90 hommes
d'équipage parmi lesquels une bonne partie de forçats et de repris de
justice ainsi qu'une trentaine de fonctionnaires de la Couronne. Aucun
prêtre. Des provisions pour une année, du vin en abondance, de
la
pacotille ( grelots de laiton, rubans, perles de verre, bonnets de
couleurs etc...), des centaines de barils d'eau douce et tout le
nécessaire pour effectuer sur les navires des réparations de fortune.
Le départ de Palos. Bloc
feuillet philatélique du Burkina Faso 1992
Le départ a lieu du port de Palos le 3 août 1492.
Colomb commande la Santa Maria, Martin Pinzon la Pinta
et Pero Alonzo
Niño la Niña. Le 12 août la flotille arrive aux
Canaries. La Pinta,
est
radoubée et ses voiles latines sont remplacées par un gréement carré.
On quitte l'archipel le 6 septembre, cap à l'ouest.
Les hommes sont nerveux : personne n'a jamais
navigué dans ces parages. Mais les alizés sont favorables. Quelques
jours plus tard, on traverse une prairie d'algues flottantes, c'est la
mer des Sargasses. Le 25
septembre, on croît voir la terre, mais c'est une fausse alerte. Le 6
octobre, on aperçoit des oiseaux. Le 11 on recueille un roseau et une
brindille, puis un morceau de bois sculpté. Une terre habitée n'est
donc pas
loin. Colomb promet une forte récompense à l'homme qui la découvrira le
premier. A deux heures du matin, le 12 octobre, après plus d'un mois de
navigation, un cri s'élève :
"Tierra, tierra !" Le matelot Juan Rodriguez Bermejo
a bien vu une
terre à l'avant. On tire un coup de bombarde pour prévenir les autres
navires. C'est la liesse à bord des trois caravelles. On met en panne
en attendant le jour.
Lorsque le soleil se lève, les
équipages aperçoivent un rivage de sable bordé de grands arbres. Les
navires s'approchent lentement, les marins sondant les fonds. Les trois
bateaux pénétrent dans une crique entourée d'arbres inconnus. Des
indigènes nus, se montrent alors sur le rivage et mettent à l'eau des
pirogues monoxyles afin de s'approcher des navires. Ils échangent des
sagaies, des pelotes de coton et des perroquets contre la pacotille que
les marins leur fournissent. Christophe Colomb revêt son uniforme
écarlate de grand amiral et descend sur le rivage, accompagné
des capitaines portant des bannières aux armes du couple royal
d'Espagne. On dresse une croix. De
son épée, l'Amiral coupe quelques herbes et entaille l'écorce d'un
arbre. Il prend ainsi possession de cette terre au nom des rois
d'Espagne et l'un des fonctionnaires, notaire de son état, enregistre
l'événement sur son écritoire. L'île que les Indiens appelaient
Guanahani dans leur langage devient San Salvador, elle est située dans
l'archipel des Bahamas.
L'arrivée
à Guanahani.
Bloc feuillet philatélique de la République de Guinée 1992.
En
haut,
la carte indique le trajet de ce 1er voyage. On voit qu'il s'en est
fallu de peu que l'expédition n'abordât le continent américain..
Mais manifestement, ces Indiens ne sont pas des
sujets du Grand Khan pour lequel Colomb est porteur d'une lettre des
rois d'Espagne. Les navires, après avoir refait leurs
provisions d'eau douce, reprennent la mer. Le 28 octobre, les Espagnols
abordent une île beaucoup plus grande, c'est Cuba. Colomb note que les
indigènes sont pauvres, craintifs, et peuvent fournir une main d'œuvre
nombreuse et servile. Ils fument des herbes sèches qu'ils nomment
tabaco. Ce sont les premiers cigares que
découvraient des Européens. On reprend la navigation d'île en île. Le
21 novembre, la Pinta prend le large et disparaît.
Le
6 décembre Colomb aborde l'île d'Haïti, qu'il appelle Hispaniola. Il y
a des
champs de maïs, des pirogues d'acajou et une population toujours très
nombreuse. On échange de la pacotille contre
quelques bijoux d'or et Colomb désire revenir en Espagne
rendre compte de son voyage. Mais le 24 décembre, la Santa
Maria
s'échoue. Avec l'aide des indigènes, on transporte à terre
intégralement toute sa cargaison. Mais comment ramener en Espagne les
deux équipages dans la seule petite Niña ? Colomb
décide de construire un fort en bois et d'y laisser 43 hommes disposant
de provisions et de l'artillerie du navire. Ils ont pour mission de
trouver de l'or en attendant le retour de l'Amiral sur cette toute
première colonie espagnole du Nouveau Monde.
Le 4 janvier 1493, la Niña
quitte le fort de
Navidad et fait voile vers l'Espagne. Deux jours plus tard, elle
rencontre la Pinta qui revient de son escapade. Les
propos sont vifs
entre les deux capitaines. Pinzon a manifestement recueilli de l'or
pour son propre compte et
embarqué quelques indigènes. Une révolte de ces derniers
est réprimée. Le 16 janvier, les deux navires font voile vers l'Europe.
Les navigateurs doivent encore subir une terrible
tempête pendant toute une semaine. La Pinta
disparaît de nouveau.
Colomb aborde enfin le 18 février une île des Açores, possession
portugaise. Puis une autre tempête le force à s'abriter le 4 mars au
cœur même du Portugal dans l'estuaire du Tage. Il s'amarre à
Lisbonne devant le gros navire de guerre de Barthélémy Diaz et les deux
marins font la fête ensemble. Le roi Jean II, qui n'avait pas accepté
son projet quelques années auparavant, reçoit Christophe Colomb qui lui
raconte son exploit et savoure sans doute le triomphe de son projet
initial.
Le 15 mars 1493, la Niña
est de retour à
Palos. Quelques heures plus tard, surprise, la Pinta
arrive à son tour
avec Martin Pinzon mourant. Il décèdera le 20 mars. Colomb prépare
alors son arrivée à la Cour à Barcelone, à la tête d'un cortège de sept
Indiens portant l'or, les arcs, les flèches et quelques perroquets
inconnus. Il reçoit des rois catholiques confirmation de l'accord de
Santa Fé. Ses idées ont triomphé, mais l'ère des découvertes est finie,
place à la conquête.
Les trois
autres voyages ( 1493-1496 , 1498, 1502-1504 ):
De
septembre 1493 à novembre1504, pendant 11 années, Colomb n'eut de cesse
de repartir vers cette Chine et ce Japon dont les toits couverts d'or
se
dérobaient toujours à ses recherches.
Sa seconde expédition, forte de 17 navires et 1500
hommes, majoritairement des soldats, prépare déjà la conquête.
Débarquant dans les Petites
Antilles, les Espagnols sont horrifiés par la pratique indigène du
cannibalisme. A Navidad, la garnison a été massacrée. On bâtit une
nouvelle forteresse, Ciudad Isabella, défendue par 500
hommes. Colomb renvoie 12 navires, avec un peu d'or, en Espagne et
réclame des renforts militaires ainsi que 3000 colons. Il suggère que
l'on pratique des razzias dans les villages indigènes afin de fournir
l'Europe en esclaves. Pendant ce temps, il continue l'exploration des
îles, toujours à la recherche d'un passage vers la Chine et le Japon,
reconnaît la
côte méridionale de Cuba, découvre la Jamaïque et fait travailler des
centaines d'Indiens
dans les cours d'eau et dans des mines afin de rapporter de l'or. Il
rentre en Espagne en 1496
en compagnie d'un commissaire-enquêteur que les rois lui avaient envoyé
pour le contrôler.
Deux ans plus tard, avec des repris de justice
et six
caravelles, dont la vieille Niña,
il part
accomplir un troisième voyage. Naviguant plus au sud, il touche le
continent américain non loin du delta de l'Orénoque. Traversant ensuite
la mer des Antilles, il revient à Hispaniola où son frère Barthélémy
avait
quitté Isabella et fondé Saint-Domingue. Des colons et des Indiens se
sont révoltés, la situation est très embrouillée, Colomb renvoie 5
navires en Espagne et demande un gouverneur pour administrer l'île. En
août 1500, son vœu est exaucé, Bobadilla, un émissaire de leurs
majestés, arrive à
Haïti avec les pleins pouvoirs. Il fait son enquête, arrête Christophe
Colomb ainsi que ses frères Barthélémy et Diégo, et les
renvoie enchaînés en Espagne ! C'est donc dans les fers que l'Amiral de
la mer Océane paraît à la Cour. Il est libéré, conserve ses revenus et
ses titres mais ne bénéficie plus de la confiance royale.
En 1502, il repart. Il a très difficilement trouvé quatre petites
caravelles et 150 hommes. Il croise un convoi de trente navires qui
revient vers l'Espagne mais qui n'y parviendra jamais à cause d'une
terrible tempête. Il ne sait pas que Bobadilla est à bord avec une
énorme pépite d'or de 16 kg... Le 15 juin, il découvre la Martinique.
Christophe
Colomb découvre la Martinique. Aquarelle d'André Lambert extraite de
Michel Perchoc et André Lambert "L'Outre-mer et la mer", Marines
Editions 2011.
Il poursuit ensuite à travers les Antilles. A Hispaniola, il
est personna non grata.
Il fait voile vers Cuba puis oblique carrément vers le
sud-ouest. Il aborde la côte du Honduras et l'explore jusqu'au Panama
actuel. Il n'y trouve aucun passage et rebrousse chemin. C'est un homme
usé atteint de la goutte et démoralisé qui rentrera en Espagne en 1504,
juste après la mort de la reine Isabelle.
Il passera ses dernières années à faire reconnaître les droits de son
fils Diégo à ses titres héréditaires et mourra à Valladolid, aveugle et
paralysé le 21 mai 1506. Il n'avait pas tout à fait 55 ans, mais il a
continué à voyager : après trois ans dans une tombe à Valladolid, ses
restes furent transférés à la Rabida, puis à Hispaniola dans la
cathédrale de Saint-Domingue, puis à Cuba et enfin dans la cathédrale
de Séville où se trouve aujourd'hui son magnifique tombeau.
Le
tombeau de la cathédrale de Séville. Photo Gilles Letournel.
Yannick
Loukianoff
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