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| Des pages qui font aimer et respecter la mer. |
Pol Corvez, professeur à la Faculté d'Angers et invité à notre salon 2010, est l'auteur du "Dictionnaire des mots nés de la mer" ainsi que du "Dictionnaire marin des sentiments et des comportements". Nous avons choisi cet éminent spécialiste afin de sensibiliser les élèves des trois établissements scolaires conquétois à l'origine marine ou fluviale d'une quantité de mots ou d'expressions de notre langage courant ( comme le mot "courant" d'ailleurs ).
![]() "Muet comme une carpe" c'est comment ? |
![]() Et toi, tu sais
marcher en crabe
?
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Avec les enfants, Pol
Corvez est tout
à fait à son aise. Il se présente, dit qu'il est écrivain et montre ses ouvrages.
- Et toi ? demande-t-il soudain à un élève, tu écris aussi ?
- Oh, non, pas moi, répond l'enfant.
- Ah ? fait-il étonné, tiens, tu n'écris donc jamais ?
La classe entière répond alors, parle de ses écrits et le dialogue s'instaure. Il y a écrire et écrire ? Non, c'est pareil... Un écrivain n'est pas une bête à part. Peu à peu on apprend que certains enfants s'exercent à écrire de petits textes, des poèmes... Une élève avoue qu'elle écrit son journal intime... Déjà !
La glace est rompue.
L'auteur montre
les images de son dernier ouvrage en cours
d'impression. Un
titre curieux : "Rigoler
comme
une baleine". C'est une expression. Les images de
l'illustratrice Léa Tirmant sont magnifiques et circulent dans la
classe.
- Et toi, demande encore l'auteur à un élève, tu sais rigoler comme une baleine ? Comment tu fais ?
L'enfant se force à rire, mais les efforts sont risibles et le rire est communicatif. Toute la classe se tord de rire et comprend soudain, par la pratique, la comparaison avec les mouvements ondulatoires du cétacé.
On cherche alors, tous ensemble, d'autres expressions venues de l'eau ou des océans. "Muet comme une carpe", "heureux comme un poisson dans l'eau", "marcher en crabe", une élève entre les tables montre comment... Et des comparaisons fusent:
- Ma maman appelle ma petite sœur sa crevette.
On cherche pourquoi. Le pourquoi des mots et des expressions. "Avoir des oursins dans les poches". Personne ne connaît, mais peu à peu on comprend que certaines personnes peuvent répugner à sortir leur porte-monnaie comme s'il y avait des piquants au fond de leurs poches.
L'auteur dessine au tableau un crochet au bout d'un long manche. Une gaffe. Les enfants connaissent : c'est avec ça que l'on saisit sur l'eau les bouts et que l'on remonte les casiers de crustacés. Les mariniers l'appellent une bourde. Faire gaffe... faire attention. Mais faire une gaffe, faire une bourde c'est tout l'inverse : on n'a pas fait attention, on a gaffé...
- Mon papa, il appelle ça
un bazhcroc
! Un croc, on comprend.
Pol Corvez explique alors : bazh,
en breton : le bâton. Un bâton muni d'un croc. Tout devient clair.
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- Et avec quoi attache-t-on
un bateau
? Les enfants de pêcheurs connaissent tous le mot : une amarre. On
amarre une embarcation. Mais quitter le quai, enlever une amarre,
c'est partir... démarrer
! Ah oui... La voiture qui démarre, le démarreur...
Quand un bateau vient à la
côte, on
dit qu'il accoste. La côte... le rivage... la rivière... les deux rives...
- Quand un bateau vient à
la rive,
que dit-on ? Il vient, il arrive... Arriver
!
Un frisson de plaisir parcourt la classe tout entière qui perçoit la
richesse insoupçonnée du vocabulaire. Personne n'avait fait le
rapprochement.
- Si le bateau se détache ?
Il
dérive... Le courant l'emporte.
- Et comment appelle-t-on
ceux
qui habitent au bord de l'eau ?
- Les riverains... Oh,
Msieur, chez
moi il y a une
pancarte " Interdit sauf riverains". La rue après la rivière. Le mot
prend soudain tout son sens actuel. Il a quitté son sens d'origine
comme le bateau a quitté le quai. Il a dérivé. Une conversation qui
dérive ...
Et de riverains, on passe à la rivalité qui parfois oppose les hommes des deux rives jusqu'à en faire des rivaux...
Pol Corvez va au tableau et
en deux
coups de craie trace une rivière. Il dessine deux bateaux qui vont se
croiser. Mais la rivière n'est pas assez large. Comment faire ? Il faut
trouver un endroit où elle s'élargit. Ou bien un élargissement
artificiel, fait exprès pour ça. Afin que l'un des bateaux se gare...
L'auteur dessine cet élargissement et écrit le nom qu'on lui donne :
Une gare ! C'était ça: une voie de garage pour les bateaux... Et l'on comprend alors comment le mot a pu ensuite désigner la gare maritime, la gare de chemin de fer, la gare routière et maintenant l'aérogare...
Les mots sont devenus pleins de sens cachés et les deviner devient un jeu. Un jeu, mais pas un divertissement car pour les enfants c'est quand même tout un travail que de chercher le pourquoi de leur vocabulaire.
Le maître des mots de l'eau et de la mer a laissé son empreinte sur un rivage d'Iroise. Une marque indélébile que les vagues ne pourront plus jamais effacer.
Yannick Loukianoff
Voir aussi sur ce site : "Un illustrateur à l'école",
"Un auteur à la rencontre des enfants".
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