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DECOMPTE DE NOEL.©Un
reportage de notre envoyée spéciale Cécile
Briand.
e
suis l’une des rares journalistes
invitées régulièrement par les Pères Noël lors de leur réunion
annuelle. Bien
entendu, celles-ci se déroulaient dans un lieu que je ne pouvais pas
révéler. Fin 2007, j’avais intitulé mon dernier reportage sur eux de la
manière
suivante : « Hotte
saison
chez
les Pères Noël ». Je n’imaginais pas à
l’époque le
tour prémonitoire
que prendrait ce titre. N’en déplaise aux francophiles chatouilleux, je
vais
oser franchir le pas, à savoir passer de « hotte »
à « hot ». Eh
oui !,
c’est chaud du côté des Pères Noël. Ecoutez plutôt… L’année
dernière, j’avais de nouveau exprimé le souhait de compter parmi les
journalistes dépêchés à la traditionnelle réunion des Pères Noël.
Quelques
jours avant la Saint-Nicolas, le 6 décembre 2008, j’ai reçu une réponse
dans ma
boîte à lettres. A la lecture du carton d’invitation, je ressentis
aussitôt
comme un profond malaise. Cela commençait ainsi : « La réunion des Pères Noël qui se tenait
traditionnellement au
Pôle Nord est délocalisée jusqu’à nouvel ordre, pour cause de
fonte de la
banquise ». Je n’en revenais pas. Etait-ce
possible ? Déjà !
Ainsi, c’était donc la fin, il y avait bien un terme au maître du Pôle… Incrédule,
je parcourais les lignes suivantes. « En
raison de la fragile épaisseur de la couche de glace, les Pères Noël
redoutent
dorénavant de passer au travers avec leur chargement de
cadeaux ». Je
réalisai alors la dangerosité de leur métier et la cadence insensée que
nos
appétits de consommation leur imposaient. Ce n’était pas juste, ils
mettaient
leur propre vie en jeu. Eux qui ne se déplacent qu’en traîneau, tiré
par des
rennes, sans rejeter la moindre particule de dioxyde de carbone dans
l’atmosphère… Non, le Père Noël n’est pas une ordure. Je
m’interrogeai :
si la réunion n’était pas annulée, où allait-elle donc se faire ? Je ne
me
l’imaginais guère ailleurs qu’au Pôle Nord. La réponse
arrivait plus bas :
« Pour toutes les raisons
citées
plus haut, la réunion des Pères Noël se tiendra provisoirement sur
l’île
Christmas ». Intriguée, j’ouvris alors mon atlas et
cherchai
désespérément cette terre dont le nom ne m’évoquait rien. Page après
page, je
la découvris enfin. Seule, minuscule, isolée au milieu de l’océan
Indien se
détachait un point : l’île Christmas. L’endroit n’était pas si
mal choisi.
Ce nouveau lieu de rencontre impromptu garantissait la plus grande
discrétion à
la tenue de cette assemblée.
inalement,
je suis partie pour l’île
Christmas. Pour voir. Une fois sur place, j’ai constaté la
détermination de nos
gros bonshommes en rouge et blanc. Une feuille de route leur était
remise dès
leur arrivée et elle stipulait : « Tout
Père Noël est invité à trouver d’ici la fin de l’année un moyen de
garantir la
distribution des cadeaux pour les décennies à venir, et ce, sur
l’ensemble de
la planète. Ainsi, quelle que soit sa langue, il s’engage à réfléchir
avec ses
compères pour contrer le dérèglement et le réchauffement
climatiques qui à
terme, condamneraient notre vocation séculaire ». On ne
pouvait être plus
alarmant. La
rencontre
initialement prévue au Pôle Nord, et délocalisée par la force des
choses,
venait d’être rebaptisée en « Sommet
des Pères Noël insulaires ». Le Père Noël
de l’île Christmas,
cela tombait sous le sens, en devenait le maître de cérémonie. Fin
organisateur, il mit en place un calendrier inédit, un calendrier de
l’Avent
bien entendu. Celui-ci prévoyait trois grandes dates, au cours
desquelles trois
Pères Noël concernés par la montée des eaux et choisis par leurs
compères continentaux
ou riverains, deviendraient les porte-parole des trois grands océans. Sans
surprise, c’est le Père Noël de l’île Christmas qui fut désigné pour
animer la
table ronde de l’océan Indien, puis celui de l’île de l’Ascension pour
veiller
sur l’océan Atlantique, et enfin, celui de l’île de Pâques pour
s’inquiéter de
l’océan Pacifique où, comme ailleurs, on entendait le même son de
grelot. Ce
dernier se plaignait d’être régulièrement importuné par un
certain El Niño, qui prenait la détestable habitude de s’inviter
justement à
l’approche des Fêtes. Il avait bon dos ce soi-disant
enfant-Jésus : juste
bon à assécher les déserts, à paniquer les courants marins et à noyer
les
cultures sous des déluges.
e
sommet des Pères Noël insulaires allait toucher à sa fin et l’assemblée
restait
démunie : aucune solution satisfaisante n’avait émergé des débats, c’en
était
trop pour les Pères Noël qui se lamentaient :
« Qu’allons-nous faire de cette Terre à
délits ?» Je
crois
savoir qu’ils séjournent à la base antarctique de
Concordia, un centre scientifique franco-italien, à l'abri de la folie
des
hommes. Depuis là-bas, en ce moment-même, ils comptent les jours avant
la
prochaine Saint-Nicolas. Hasard du calendrier ou pas, elle coïncide
avec
l’ouverture du Sommet sur le Climat à Copenhague. A mon avis, ils y
espèrent de
sages décisions, sinon les Pères Noël risquent bien de nous envoyer le
Père
Fouettard à leur place pour venir brailler par le conduit de la
cheminée : « Dehors, il ne fait plus
si froid,
c’est un peu à cause de toi ! ». Ca
chauffe, je vous le disais,
ça sent le Tino Roussi ! Cécile
BRIAND,
Nouméa,
Novembre
2009 |
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