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| Des pages qui font aimer et respecter la mer. |
HISTOIRES DE MER Histoires du large Cadeau d'anniversaire Un bananier chargé de ferraille Partie de cache-cache dans le brouillard Rapports de mer La sardine Les vaisseaux de pierre Un malamok peut en cacher un autre L'aventure câblière de Déolen en Locmaria-Plouzané Le naufrage de La Sémillante Nouméa: la vie sur les pontons Cyclone dans le lagon calédonien La Marie-Jeanne Le guetteur de Molène Des liens de varech Il a neigé sur la ville d'Ys La Pierre aux Femmes Quand j'étais castor Le naufrage effacé Noël sur un bateau Tempête en mer de Chine Le gabier de La Saône Vole, mon goéland ! Là-haut sur la mer Les 8 vents de Majorque Retour de pêche Rencontre avec le Kurun Rêveries arctiques Les mers ne devraient pas mourir |
Vole, mon goéland ! © par Georges TANNEAU parrain de la promotion 2011 Pierre-Charles Friscot de l'Ecole Nationale Supérieure Maritime du Havre. Marin du large, marin sans frontière, mon semblable, mon cadet, toi qui seras bientôt officier de quart sur un navire du commerce, tu te souviendras, quand tu auras mon âge, de toutes tes traversées océanes, de ce temps où tu vivais la mer en accrochant tes quarts et tes rêves à la belle étoile ! Tu auras en mémoire tous ces instants où tu ressentais un besoin impérieux de partager tes émotions, et même de communiquer intérieurement, à voix basse, tant ton excitation était grande ! Tu te souviendras de ces moments privilégiés où la nuit enveloppe le navigateur de son atmosphère particulière et cherche à l'isoler dans un coin de passerelle, durant ces veilles où l'on interroge un horizon incertain, le regard noyé dans une vitre de sabord ou l'oculus d'un hublot tournant. Tu revivras chacun de ces moments où un véritable dialogue s'établit entre l'homme de quart et le monde qui l'entoure. Tous ces bruits de l'invisible : une porte grinçant au roulis, le clapot d'une vague, les pulsations de la machine, les murmures du vent. Et puis il y aura ces petits points de nacre échappés de la Voie lactée, descendant le long des haubans, habillant de paillettes le manteau sombre de l'Océan avant d'aller se refléter dans tes prunelles. A chaque nouvelle traversée, tu en prendras plein les yeux ! Tu en prendras plein tes rêves ! Le cerveau criblé comme une navisphère ! La cheminée lancera quelques étincelles vers les Pléiades, en poussières d'étoiles. Le fanal de tribord diluera son absinthe dans un rayon de lune. Une voix sortira de l'ombre pour te dire : "Un feu, deux quarts de l'avant tribord, lieutenant !" Quelques signaux lumineux en morse et la nuit se refermera sur des battements de paupières. Une fois seul dans la chambre des cartes, lorsque le trafic le permettra, ou dans ta cabine quand ton quart sera fini, durant l'escale ou l'attente au mouillage, que feras-tu, marin, mon frère ? Prolongeant chaque bribe du dialogue entamé avec l'infini, rêvant tout éveillé, tu écriras sans doute à une femme, à une fiancée. Tu écriras à ton propre cœur pour ne pas oublier. Cela pourra se résumer en quelques mots, mais ces mots-là pèseront des tonnes. Qui mieux que toi pourra alors décrire les feux des aurores marines, les mirages liquides, l'odeur des sargasses, la dérive des îles flottantes, l'aile de l'albatros écrêtant l'écume des déferlantes ? Tes lettres, tes bouteilles à la mer, tes amplifications à quelque journal de bord ne seront après tout que les soupapes de ta mémoire, les phylactères que tu dérouleras dans le sillage sans même t'en rendre compte : "Latitude 26°15 Nord, longitude 17°42 Ouest, belle brise de Nord-Noroît, temps clair. Passé en heure GMT ! Calcul de la variation. La barre cinq à gauche ! Gouverner au 180 !" Marin du large, marin du commerce, toi qui sauras un jour, tout comme tes anciens de la Mar-mar, accrocher un mot, une phrase, une simple idée au bout d'une plume de mer, ne laisse pas tes souvenirs se diluer dans l'encre bleue de l'Océan. Tes récits ou tes chants de marins, portés par le vent, pourront, si tu le désires, planer de port en port, de vergue en vergue, de livre en livre ! Déploie tes ailes ! Lance-toi ! Vis ton métier et raconte-le de toute ton âme pour les générations futures de pilotins. Va comme l'oiseau des vagues ! Vole, mon goéland !
Georges
TANNEAU |
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