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( 1679 - 1740 )


Vitus Béring
( 1681 - 1741 )


James Cook
( 1728 - 1779 )


Marion-Dufresne
( 1729 - 1772 )


Suffren
( 1729 - 1788 )


Bougainville
( 1729 - 1811 )


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( 1731 - 1809 )


Yves de Kerguélen
( 1734 - 1797 )


Antoine d'Entrecasteaux
( 1737 - 1793 )


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( 1741 - 1788 )


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( 1758 - 1805 )


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( 1772 - 1849 )


Surcouf
( 1773 - 1827 )


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( 1786 - 1847 )


Dumont d'Urville
( 1790 - 1842 )


Emile de Bray
( 1829 - 1879 )


Joshua Slocum
( 1844 - 1909 )


Emile Guépratte
( 1856 - 1939 )


Jean-Baptiste Charcot
( 1867 - 1936 )


Alain Gerbault
( 1893 - 1941 )


Marcel Bardiaux
( 1910 - 2000 )


Thor Heyerdahl
( 1914 - 2002 )


Jacques - Yves Le Toumelin
( 1920 - 2009 )


Annie Van de Wiele
( 1922 - 2009 )



Eric Tabarly
( 1931 - 1998 )





Binot Paulmier de Gonneville
aux Indes méridionales.

~ 1470 - ?

par Yannick LOUKIANOFF



   Voilà bien un navigateur français inconnu dont il ne reste aucun portrait ! Qui a jamais entendu parler de Gonneville et de son voyage en terre méridionale ? Jacques Cartier, passe encore, nous conservons tous quelques souvenirs scolaires de la découverte du Canada. Mais Gonneville ? Quel est cet inconnu ? Les dictionnaires courants l'ignorent. Heureusement, il y a Internet... qui nous donne : Gonneville-sur-Honfleur, commune de Basse Normandie.

    Eh bien c'est à peu près ça. Binot Paulmier était de Gonneville-sur-Honfleur. Binot, c'était un prénom à l'époque. Une variante de Benoît. Quelle époque ? Le tout début du XVIème siècle : la Renaissance, les Grandes Découvertes...
    Honfleur, située à l'embouchure de la Seine juste face au Havre, était alors un port très actif. Armateurs, négociants et marins y étaient nombreux. Certains commerçants, comme les Paulmier, disposaient même d'une petite fortune. Binot Paulmier était capitaine de navire marchand. Issu d'une famille bourgeoise de la ville,
il n'était pas noble et ne disposait pas du fief de Gonneville. Il y avait simplement une petite propriété, où il est vraisemblablement né.
    On ignore sa date de naissance. On sait seulement qu'il a entrepris un long voyage en 1503. Il est donc sans doute né aux alentours de 1470. Quant à ce voyage, si l'histoire en a gardé à peine le souvenir, c'est sans doute parce qu'il fut marqué de multiples mésaventures. Gonneville fut certainement le plus malchanceux de tous les navigateurs de l'époque.

Une association d'actionnaires :
   Honfleur commerçait, entre autres, avec Lisbonne. La capitale portugaise était devenue en peu d'années le plus grand port d'Europe. Depuis Vasco de Gama, des dizaines de convois maritimes faisaient chaque année la navette entre Lisbonne et ses comptoirs commerciaux d'Inde et des Moluques. On en rapportait des épices, des soieries, du thé, de l'or et de l'argent, des porcelaines, des tapis d'orient et des objets en ivoire qui faisaient la richesse du pays. Des bateaux de toute l'Europe venaient faire du négoce dans cette capitale où l'on pouvait vendre du blé et des étoffes de Normandie et où l'on trouvait de tout. La nef de Gonneville participait à ce commerce et son capitaine rêvait d'aller directement chercher en Asie les épices et les soieries qui enrichissaient tant de négociants.

Lisbonne à l'époque de Gonneville
Le port de Lisbonne. Gravure de Théodore de Bry. 1595.
Au premier plan un armateur vient saluer l'un de ses capitaines qui débarque.



    De plus, certains marins étaient bavards. Malgré l'interdiction qui leur était faite, ils n'hésitaient pas, contre un peu de boisson, à dévoiler les secrets des routes maritimes portugaises.
   Notre Gonneville engage deux de ces marins portugais à l'expérience précieuse. Il revient avec eux à Honfleur et monte une association dont le but est d'armer un navire, l'approvisionner, engager un équipage et partager les bénéfices d'un voyage à la source même des richesses de l'orient. Huit bourgeois parmi ses connaissances s'associent à lui financièrement "à frais et coûtements communs" dit-il. Ils se procurent une nef à deux mâts presque neuve,  L'Espoir, un bateau ventru d'une centaine de tonneaux avec un château à l'avant et un autre à l'arrière, capable de transporter une cargaison importante et un équipage conséquent d'une soixantaine d'hommes. Le voyage envisagé étant dangereux, ils l'équipent de bombardes et de pierriers, dotent l'équipage de mousquets et d'arquebuses, de piques et de pertuisanes. On emporte aussi des vivres, essentiellement des biscuits de farine. On n'oublie ni la pacotille : verroterie, miroirs, couteaux et ustensiles divers qui constituent une monnaie d'échange à bon marché, ni des espèces sous la forme de monnaies ayant cours en Inde.

Sur l'Atlantique :
    La nef quitte Honfleur le 24 juin 1503. Elle passe aux Canaries à la mi-juillet et fait escale une dizaine de jours au cap Vert pour faire des provisions et radouber la coque. Le 9 août elle reprend la mer et, sur les conseils des Portugais, entame un grand détour au large en vue de doubler le cap de Bonne Espérance sous des vents favorables. On passe l'équateur le 12 septembre. L'équipage s'amuse à attraper des poissons volants et s'adonne à un peu de pêche. Cependant les semaines passent, les hommes souffrent du scorbut et six d'entre eux en meurent. La navigation nécessite de bonnes connaissances du ciel austral. Mais le principal pilote de l'expédition meurt soudain d'apoplexie. Le ciel est couvert, la tempête se déchaîne, on cargue les voiles et on laisse dériver le bateau pendant plusieurs jours. Il fait froid. En fait, incapable de connaître sa position, l'expédition s'est égarée1. Gonneville suppose seulement se trouver bien au sud du cap de Bonne Espérance. La vigie signale des oiseaux se dirigeant encore plus vers le sud. La terre serait donc dans cette direction. On décide de tourner le dos à l'Inde et de faire cap au sud car il y a urgence: on navigue sans escale depuis près de six mois, les provisions s'épuisent et l'eau douce commence à manquer.
Le navire de Gonneville ?
Illustration d'André Lambert, extraite de Michel Perchoc et André Lambert:
"Marins français explorateurs" Ed. du Gerfaut 2007
Une terre inconnue :
    L'Espoir aperçoit une terre le 5 janvier 1504 et s'engage dans un petit estuaire. Il faut effectuer des réparations sur le navire. Celles-ci vont durer encore six mois. Gonneville appelle ce pays la Nouvelle Terre des Indes. Pendant leur long séjour, les navigateurs sont accueillis par des indigènes aux mœurs simples et pacifiques qui prennent leur repos dans des hamacs et avec lesquels ils entretiennent d'excellentes relations. Ils communiquent par signes et par quelques mots que les uns et les autres apprennent. Le chef Arosca devient leur ami. Ensemble, en grande cérémonie, ils plantent une immense croix le jour de Pâques.
   D'un commun accord, les navigateurs décident d'abandonner leur idée d'aller en Inde et de revenir "en Chrétienneté". Les indigènes leur fournissent une grande quantité de provisions. Arosca leur confie même son jeune fils Essomericq, âgé de quinze ans, afin de lui apprendre l'artillerie ainsi que l'art de faire des couteaux et des miroirs. Il est accompagné d'un Indien adulte du nom de Namoa. Le capitaine promet de les ramener "dans vingt lunes", ce qui constitue d'ailleurs une promesse bien aventureuse puisqu'il ignore où il se trouve exactement.

Un retour semé d'embûches :
    Gonneville quitte les Nouvelles Terres des Indes, qu'il appelle désormais Indes méridionales, le 3 juillet 1504. L'Espoir fait route, lentement, vers le nord. A bord, il y a beaucoup de malades, sans doute à cause de la mauvaise qualité de l'eau, et quatre d'entre eux meurent dont l'Indien Namoa, qui, bien sûr, n'était pas baptisé. Afin d'éviter qu'Essomericq, malade lui aussi, ne connaisse un sort semblable, on le baptise par précaution et Gonneville devient son parrain. L'adolescent reçoit donc le prénom de Binot.
    Trois mois plus tard, à l'ouest, la terre est de nouveau en vue et l'on décide d'y refaire des provisions. D'après la latitude, c'est la côte du Brésil, bien connue depuis la découverte de Cabral. Des Indiens y habitent. Ils sont nus, sauvages et anthropophages. Ils ont déjà vu arriver des Européens et ne les craignent pas. Ils tuent quatre membres de l'équipage venus puiser de l'eau douce et en blessent trois autres. L'Espoir quitte bien vite ce pays inhospitalier et, longeant toujours la côte vers le nord, aborde un nouveau rivage. Il n'est pas question en effet de rentrer bredouilles à Honfleur. On doit trouver diverses marchandises qui rembourseront l'expédition. Après la décevante expérience précédente, les navigateurs se tiennent sur leurs gardes dans leurs premiers contacts avec de nouveaux indigènes. Mais ceux-ci  ne sont pas agressifs.  Eux aussi ont connu des Européens et le troc est possible. On charge le navire de denrées rares et précieuses : du bois rouge, des perroquets. Gonneville fait capturer deux Indiens pour les ramener en France. Mais dès la première nuit en mer, ils s'évaderont afin de regagner leur contrée à la nage.
   La nef franchit de nouveau l'équateur au début du mois de février 1505. Elle navigue dans la mer des Sargasses " herbue et jonchée de grandes herbes". Croyant ensuite accoster aux Canaries, les navigateurs débarquent aux Açores. Alors qu'ils refont leurs provisions, les Portugais ne leur posent heureusement pas de questions sur l'origine de leur chargement. Dès lors ils navigueront selon des itinéraires bien connus et le retour s'annonce sous les meilleurs auspices. Mais une violente tempête endommage le navire qui doit alors faire escale en Irlande afin de subir un calfatage et quelques réparations.
    Le 7 mai, alors que la nef est de retour en Manche, non loin des îles anglo-normandes, elle est attaquée par un pirate anglais. Le combat s'engage. Les bombardes tonnent. Attiré par le bruit, un autre pirate, breton celui-là, accourt. La partie devenant inégale, Gonneville jette la nef à la côte. On compte 16 morts dans l'équipage. Depuis le rivage, les malheureux survivants assistent, impuissants, au pillage de leur épave par les pirates avant qu'elle ne sombre.
     Les vingt-huit survivants de l'expédition sont débarqués au port de La Hougue, à la pointe du Cotentin, par les habitants de l'île sur laquelle leur nef s'est fracassée. Leur calvaire n'est pas terminé pour autant : ils vont traverser à pied toute la Normandie pour rejoindre enfin Honfleur le 20 mai 1505. Gonneville et deux de ses associés sont parmi eux, ainsi que les deux marins portugais qui n'ont pas été très utiles. Le jeune Indien Essomericq fait aussi partie des survivants. Les navigateurs ayant tout perdu, bagages, cargaison, livres de bord, notes et dessins, l'adolescent constitue l'unique preuve de leur extraordinaire aventure.
     On ignore ensuite tout de la vie de Gonneville, même la date de son décès.
    Adopté par son parrain, Essomericq-Binot prendra le nom de Paulmier et héritera de ses biens. Il vivra en France jusqu'à l'âge de 95 ans et aura 14 enfants.

Les Indes méridionales :
     L'aventure de Gonneville a été relatée par lui-même auprès de la Justice du roi à Rouen. Mais cette Relation ayant été égarée dans les archives pendant plusieurs siècles,  c'est  grâce à l'un des descendants d'Essomericq, l'abbé Jean Paulmier de Courtonne, que l'on doit  de connaître la  mémorable expédition  organisée par le parrain de son bisaïeul.  Il en a fait un livre qui a été publié en 1663 et dans lequel il  précise que  Gonneville aurait "doublé" le cap de Bonne Espérance.  Or ce détail, très important, ne figure pas dans la Relation qui a été retrouvée en 1869. C'est une erreur, mais elle explique pourquoi, sous Louis XV et Louis XVI, plusieurs explorateurs comme Bouvet de Lozier, Marion-Dufresne, Kerguélen, Bougainville ou La Pérouse voulurent rechercher au sud de l'océan Indien la fameuse "Terre de Gonneville" découverte 250 ans plus tôt par des Français.
      En 1869, le conservateur de la Bibliothèque de l'Arsenal découvre parmi des manuscrits une copie certifiée conforme de la Relation de Gonneville. Il la confie à l'archiviste de la Marine Marie-Armand d'Avezac qui la publie la même année en identifiant avec certitude les Indes méridionales de Gonneville comme étant la côte du Brésil et plus précisément de l'état actuel de Santa Catarina2. Malheureusement pour la France, ces côtes avaient déjà reçu la visite des Portugais depuis la découverte du Brésil par Pedro Alvarez Cabral en 1500. Cependant, on mesure mieux ce qu'il a fallu de courage et de ténacité au malchanceux Gonneville quand on sait que Cabral était à la tête d'une expédition composée de 10 nefs et 3 caravelles fortes de 1200 hommes et que le Normand ne commandait qu'une seule nef avec 60 personnes à bord.
      

-1- On calculait la latitude, grâce à la position des étoiles, avec une bonne précision. Le calcul de la longitude, par contre, était très approximatif.
-2- Il est remarquable de constater qu'en 1738, l'expédition de Bouvet de Lozier, à la recherche de la Terre de Gonneville, fit sa première escale - mais était-ce vraiment un hasard ? - précisément à l'île de Santa Catarina.



EN SAVOIR PLUS 

Jean Paulmier de Courtonne:  Mémoires touchant l'établissement d'une mission chrestienne dans le troisième monde autrement appelée la Terre Australe, Méridionale, Antarctique et Inconnue, dédiez à Notre St Père le pape Alexandre III par un Ecclésiastique Originaire de cette mesme Terre. Paris, Challamel, 1869. Paris, Cramoisy 1663.

Marie-Armand d'Avezac: Campagne du navire L'Espoir de Honfleur 1503-1505. relation authentique du voyage du Capitaine  de Gonneville ès Terres Nouvelles des Indes.  Paris, Challamel 1869.

Charles Bréard : Notes sur la famille du Capitaine Gonneville, navigateur normand du seizième siècle. Rouen, Imprimerie de l'Espérance Cagniard 1885.

Jacques Pontharouart : L'évêque Paulmier de Gonneville, son voyage imaginaire. Imprimerie France-Quercy Cahors 2000.

Ce dernier ouvrage, paru en 2000, introduit une controverse à la suite de la publication cinq ans plus tôt de l'ouvrage ci-dessous, remarquablement documenté, dont l'auteur est Leyla Perrone-Moisés. Celle-ci a, depuis, réfuté les principaux arguments de Jacques Pontharouart.

Le voyage de Gonneville

Editions Chandeigne 1995

Marins Français Explorateurs

Editions du Gerfaut 2007




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