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LE CONQUET
ET
LA MER

Nos historiens locaux, Jean-Pierre Clochon et Hubert Michéa, livrent ici une série d'articles destinés à faire revivre le passé maritime du Conquet.




1- L'usine d'iode



2- SUITE:   2ème partie:
De François Benoît Tissier à "l'Espace Tissier".



3- Fortune de mer : les déboires du steamer
Gorbea Mendi


4- Guillaume Brouscon, cartographe du Conquet,







Lisez d'autres articles de
Jean-Pierre CLOCHON sur
Recherches historiques au Conquet
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De la récolte des laminaires à "l'Espace Tissier"

1- L'USINE D'IODE DU CONQUET.

Un document historique
écrit par Jean-Pierre Clochon
.

L'usine Tissier vers 1910.
L'usine Tissier vers 1910.

La découverte de l’iode.


Tout commence avec la poudre à canon. Pour fabriquer la poudre, on lessive des terres contenant du salpêtre. Sur les eaux obtenues, on fait agir des cendres de bois riches en potasse, ce qui provoque la cristallisation du salpêtre. Pour économiser le bois, Bernard Courtois, ancien élève puis assistant à l'Ecole Polytechnique, devenu industriel, utilisait les cendres de varech. Un jour de 1811, ayant sans doute employé trop d'acide sulfurique pour détruire les composés sulfurés résultant de la calcination, il vit avec étonnement se dégager des vapeurs violettes. Accaparé par son industrie, il confia à deux chimistes dijonnais comme lui, Nicolas Clément et Charles-Bernard Desormes, le soin d'étudier le phénomène. Deux ans plus tard, les deux hommes publient les résultats de leurs travaux. Louis-Joseph Gay-Lussac, qui en est le rapporteur, s'intéresse à la nouvelle substance à laquelle il donne le nom de "iode", du grec  iodès = violet. Le 14 août 1814, il présente à l'Institut une étude complète de ce nouveau corps simple de la famille des halogènes.
L’iode prendra rapidement une grande importance dans la pharmacopée, sa solution dans de l’alcool à 90° au titre de 8 à 10% va donner la teinture d’iode, l’antiseptique zt cicatrisant universel dont les armées étaient les plus grandes consommatrices. Des pharmaciens suisses découvriront en outre que l’iode est un remède efficace contre les goitres.

De l’expérimentation à l’exploitation l’industrielle.


Nicolas Clément possède alors une petite usine de produits chimiques à Paris où il place un de ses élèves, François Benoît Tissier né à Lyon en 1803. Celui-ci met au point un procédé industriel de fabrication de l’iode, puis part à Cherbourg dans l’usine Coudurier qui produit de la soude raffinée; il y adapte la production de l’iode (400 kg/an en 1825).
Au Conquet pendant ce temps-là, deux chimistes, Villedieu et Mazé-Launay, essaient de faire fortune, peut-être pas encore dans la production d’iode mais dans celle du premier stade de transformation, à savoir le « pain de soude ». Mazé-Launay, de vieille famille conquétoise, possède l’île de Béniguet. Il demande en 1821 au maire du Conquet d’étendre son industrie, en se réservant le droit exclusif du ramassage et de  la coupe des goémons sur les rives de son île. Le préfet, alerté, refuse : « le sieur Launay ne pourra jamais avoir le droit exclusif de ramasser du goémon ; pas plus sur les autres îles que sur celle de Béniguet, attendu que cette plante marine appartient lorsqu’elle est de jet au premier décapant, et lorsqu’il faut la couper, à tous les habitants, indistinctement, de la commune sur les côtes de laquelle elle croît ».

A la cale des pigouillers.
Déchargement du goémon.

D’autres industriels s’intéressent aux champs d’algues de l’archipel de Molène. Courant 1824, le maire du Conquet transmet, à son homologue de Molène,un courrier qu’il a reçu d’un certain Gouzion du département de l’Orne, souhaitant établir une fabrique de soude dans l’île aux Chrétiens, accompagné d’un commentaire : «  …monsieur Gouzion a besoin de vous d’un certificat pour énoncer que cette fabrique ne serait pas dans le cas de nuire à la santé publique des habitants de Molène. Je ne vois pas qu’aucun motif put empêcher de délivrer le certificat qu’on vous réclame. Je pense au contraire que les habitants du Conquet et de Molène sont tous intéressés à protéger l’introduction d’un nouveau genre d’industrie . »

François Tissier arrive au Conquet chez Guilhem.

Nous l'avions laissé à Cherbourg en 1825. Il est probable qu’il ait appris là, que les laminaires poussaient à profusion à la pointe du Finistère et qu’il serait financièrement intéressant pour lui d’y transporter son industrie. Probablement en 1829, il entre donc comme chimiste-manufacturier au Conquet dans une fabrique de soude appartenant à « Guilhem aîné et Garnier ». Le premier est un négociant brestois, le second demeure à Cherbourg, et ce n’est certainement pas une coïncidence. L’usine de Poulconq, au Conquet, produit bientôt sels de soude, marcote, sulfate de potasse, iode et hydriodate de potasse. Un document de la mairie du Conquet précise que les produits de cette fabrique s’emploient dans les verreries et les fabriques d’alun et sont envoyés à Rouen et à Bordeaux, que les ouvriers sont au nombre de 45 au salaire de 1 franc 50. La production d’iode est de 500 kilos/an pour 150 000 kilos de sels/an. Quelques mois plus tard, l’entreprise va s’agrandir, puisque Guilhem et Garnier sont acheteurs le 19 juillet 1830, chacun pour moitié, d’un champ « avancé sur la grève, donnant au levant sur la rivière, au midi sur un chemin menant de Poulconq à Kerjan, au couchant sur la grève et au nord sur le Coz Castel ».

L'usine du Conquet en 1975.
L'usine du Conquet en 1975.


Aristide Guilhem meurt, Garnier a semble-t-il disparu de la  co-propriété puisque, la raison sociale de l’entreprise devient : « Guilhem veuve aîné et fils ». En tout cas la production va bon train. Les cendres de laminaires, compactées en "pains de soude" arrivent à l’usine du Conquet en provenance de Quéménès, de Trielen et de Bannec. Dans ces îles qui leur appartiennent ou sont louées par les Guilhem, des fermiers installés par eux, pratiquent l’élevage et l’agriculture, et surtout récoltent à la saison les précieuses laminaires. Dès le début de la saison 1832, le 18 mai, les industriels demandent l’autorisation de porter de cent mille à trois cent mille kilos la "fabrication de soude de varech" à Quéménès et à Trielen et de fabriquer annuellement jusqu’à concurrence de cent mille kilos à Bannec.

Les produits manufacturés de l’usine du Conquet.



La Société d’Emulation de Brest, publie début 1834, le rapport de la commission chargée de rendre compte des produits de l’industrie présentés à l’Exposition de l’Arrondissement de Brest. Concernant l’iode. On y lit :
"Les varechs ou fucus, genre de plantes marines de la famille des algues ou hydrophiles, comprennent un grand nombre d’espèces dont les formes sont très variées. Ces plantes donnent par combustion un résidu composé de plusieurs sels." C’est ce résidu de combustion, connu dans le commerce sous le nom de soude de varech ou soude de Cherbourg, qui figure à l’Exposition sous le numéro 77. La soude brute est à 90 francs la tonne. Cette matière réunit toutes les qualités réclamées par le commerce : elle est la base de tous les autres produits de la fabrique Guilhem.
Les sels de soude sont fort recherchés par les verreries. Quant au muriate de potasse (chlorure de potassium), il peut remplacer le sulfate de potasse dans l’exploitation du salpêtre.

L’iode dont la découverte ne date que de 1812, soumis à l’investigation de savants de premier mérite, est devenu, en peu d’années et sous diverses formes un médicament extrêmement précieux. Quelques-unes de ses combinaisons sont déjà utilisées dans les ateliers des manufacturiers et des artistes. Parmi ces dernières on distingue principalement celle qu’il forme avec le mercure (iodure de mercure). C’est ce produit d’un rouge si vif et si brillant qui sort aussi de la fabrique de madame veuve Guilhem et Cie. Il résulte de ce qui précède que la fabrique du Conquet, quoique établie depuis peu d’années, présente des résultats remarquables au sujet desquels notre commission se plaît à féliciter la maison Guilhem et principalement monsieur Tissier, associé et en même temps directeur des travaux de l’établissement.
« La plupart des produits qu’une semblable exploitation livre au commerce étant d’un facile écoulement, il est probable qu’il serait aisé d’en former plusieurs sur la côte sans qu’on eût à craindre qu’elles puissent s’entrenuire ou même perdre de leur importance. 
Mais, dira-t-on, les cultivateurs de la côte emploient une grande quantité de varech comme engrais, vous allez les en priver ! Par quoi le remplacez-vous ? La réponse est fort simple si on veut se rappeler que la charrée, ou résidu de la lixiviation
1 de la soude brute, correspond pour ainsi dire à la quantité de fucus qui l’a produite. Et comme les fabriques de soude, d’iode etc… pourraient brûler beaucoup plus de varech que l’agriculture n’en consomme, il en résulterait que les cultivateurs trouveraient toujours à la porte des fabriques, à vil prix, un engrais qui leur offrirait des moyens d’économie puisque les dépenses de transport et de main-d’œuvre pour les répandre sur le sol seraient beaucoup diminuées. Les fabriques de soude, loin d’être nuisibles deviendraient ainsi une cause de prospérité pour la culture de nos côtes. Ajoutez à cela que beaucoup d’individus trouveraient de l’occupation dans la cueillette et la combustion des plantes marines sans parler de ceux qui pourraient être employés à l’intérieur des ateliers. »

Tissier entre dans la raison sociale de la maison Guilhem.



En 1842, la société est devenue Guilhem Henri et Tissier, le bâtiment industriel n’a pas subi de transformation depuis 1833. L’incinération des laminaires séchées s’effectue vers le début de l’automne, en plein air, à proximité des lieux de récolte, dans des fours de type généralement primitif. Un four est une rigole de 10 à 15 mètres de long et de 60 centimètres de large pour 40 centimètres de profondeur environ. Des dalles de pierres tapissent le fond et les parois de la fosse. Le feu y est allumé avec des genêts et des ajoncs. Quand le four est chaud, on répartit les laminaires sèches en couches minces et le feu s’entretient ainsi, en partie étouffé. La température atteint 800°. Peu à peu se forme une bouillie grise que l’on doit remuer avec de gros bâtons ferrés. Dans cet état pâteux, on sépare la masse en blocs de 50 centimètres environ avec des laminaires fraîches. On obtient ainsi lors du refroidissement, des blocs ou « pains de soude ».
Cinq à six tonnes de goémons frais donnent une tonne de goémons secs avec lesquels on prépare environ 200 kilos de soude, d’où l’usinier va extraire deux à trois kilos d’iode. 

Brûleurs de goémon au fond de l'aber du Conquet.

Brûlage des laminaires dans un four à goémon.

Les pains de soude apportés à l’usine sont concassés en petits fragments, puis lessivés pour éliminer les impuretés. Ces lessives sont alors soumises à plusieurs évaporations dont résulte la séparation par cristallisation des sels les moins solubles. Après élimination du soufre par l’acide sulfurique, à une température voisine de 110°, l’iode en paillettes est obtenu par sublimation de la pâte résiduelle à travers un joint de papier. Une deuxième opération fournit l’iode pharmaceutique.
Le dernier Tissier manufacturier, Hortensius, a quitté Le Conquet en 1935, mais l’usine d’iode de Poulconq a poursuivi ses activités jusqu’en 1955.


Brûlage de goémon au Conquet.

Brûlage de goémon sur le Toul ar Blantoc vers 1900-1905.


Détail des opérations de brûlage. 


1- Lixiviation (de lixivium = lessive)  : opération qui consiste à faire passer lentement un solvant à travers un produit pulvérisé et déposé en couche épaisse, pour en extraire un ou plusieurs constituants solubles.
2- La deuxième opération n’a jamais été effectuée chez Tissier qui livrait le produit semi-fini (iode en paillettes) à des laboratoires.

Jean-Pierre Clochon, avril 2007.

SUITE:   2ème partie - De François Benoît Tissier à "l'Espace Tissier".

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