Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse, est né le 23
Août 1741
au manoir de Gô, proche d'Albi, de Victor Joseph de Galaup (1709-1784)
et de Marguerite de Resseguier (1717-1788). Officier de Marine et
explorateur français, il a disparu lors d'une expédition près de
Vanikoro, dans l'archipel des îles Santa Cruz, Etat des Iles Salomon,
en
1788, à l'âge de 46 ans.
Buste de La Pérouse
par François Rude 1828
Paris Musée
de la Marine
Jean-François de La Pérouse entre à l'Ecole des
Gardes Maritimes de Brest à
15 ans le 19
Novembre 1756, sous l'influence de Clément de la Jonquière, un parent
de la
famille Galaup de Graulhet.
Il se trouve à plus de 20 jours de diligence d'Albi où il ne reviendra
que 7 ans après.
Les règlements de l'école exigeant des jeunes gardes un revenu
suffisant pour les aider à tenir un rang convenable, sa famille lui
donne un domaine acquis depuis peu, le domaine de Lapeyrouse 1,
nom
qu'il ajoutera à celui de sa famille de Galaup.
Brest sera son port
d'attache principal.
Pendant ses études, il est engagé dès l'âge de 17 ans dans les conflits
maritimes de la guerre de Sept Ans avec l'Angleterre au large de
l'Amérique du Nord notamment à Terre-Neuve et sur le Saint-Laurent avec
son tuteur le Chevalier de Ternay, ainsi qu'aux Antilles. Lors du
décès de Ternay, il baptisera du nom de baie de Ternay un lieu qu'il
avait observé en Mandchourie.
A 18 ans, il est blessé, fait prisonnier puis
échangé pendant la
bataille des Cardinaux,
près de Belle-Ile. Il deviendra un
auxilliaire
de son futur "père maritime", de Ternay. Il l'aidera à déséchouer
plusieurs vaisseaux à l'embouchure de la Vilaine et à les amener à
Brest à l'insu des Anglais alors maîtres des mers.
En 1763 Bidé de Chézac prend avec lui quelques
gardes de la Marine dont
La Pérouse pour conduire de Lorient à Brest le vaisseau neuf Les Six
Corps.
Après d'autres activités sur les côtes, La Pérouse participe à la
reconstruction de la flotte française en transportant des bois de
mâture des Pyrénées embarqués à Bayonne et destinés aux arsenaux.
Ternay ayant obtenu une place de gouverneur de
l'Ile de France (île
Maurice) n'oublie pas son protégé et le prend avec lui. La Pérouse y
effectuera un séjour de 5 ans : plusieurs missions dans les îles
voisines en faisant du cabotage de ravitaillement. C'est à cette époque
qu'il rencontre sa future épouse à Vieux Grand Port pendant une escale.
C'est
Eléonore Broudou, fille d'un armateur nantais devenu administrateur de
la Marine.
De retour en métropole, il est promu au grade d'enseigne de vaisseau le
1er octobre 1764; il est initié à la franc-maçonnerie dans la loge de
Brest.
Ternay lui confie le commandement de la gabare
militaire La
Seine. La Pérouse
est chargé de deux voyages aux Indes. L'un sur la côte Est de
Pondichéry à Chandernagor, l'autre sur la côte Ouest vers
Surate. C'est au cours de ce deuxième voyage que La Pérouse aura
l'occasion d'une vraie victoire militaire en défendant brillamment avec
de petits moyens le comptoir de Mahé contre une attaque d'Indiens
supposés francophiles auxquels il avait reçu mission de livrer des
armes quelques mois plus tôt.
Pendant son séjour à l'île de France il observe les explorations de
Grenier, Kerguélen, Saint-Aloüarn, Cook et l'occupation de Madagascar
par Beniovski.
Il apprend beaucoup sur le système colonial de l'époque, la concurrence
entre nations et le commerce lointain (richesses et contrôle du monde).
Il reçoit Eléonore dans sa nouvelle propriété de l'Eau Coulée mais ses
parents refusent ce mariage.
Les 14 ans de paix de 1764 à 1778 lui permettent de consolider son
expérience de la navigation en Atlantique et dans l'Océan Indien en
qualité d'abord de simple officier puis de commandant de plusieurs
bâtiments.
Eléonore
Broudou
La Pérouse rentre en France en 1777, est nommé
lieutenant de vaisseau et
obtient la Croix de Saint-Louis pour avoir sauvé Mahé des Indiens. Il
découvre la Cour et le ministère de la Marine à Versailles, toujours
dans le sillage de Ternay. Il fait des visites à Eléonore qui a rejoint
Nantes, sa ville natale. Lors de la reprise des hostilités en 1778, il
reçoit le commandement d'une frégate de 26 canons l'Amazone. Il
effectue deux campagnes transatlantiques .
Son premier voyage a lieu aux Antilles où il rejoint l'escadre
commandée par le Comte d'Estaing. Il se distingue par la prise de la
frégate britannique Ariel
commandée par un corsaire redouté sur les
côtes, fils d'un amiral anglais.
Il effectue ensuite un deuxième voyage en Amérique
lors de la
guerre d'indépendance des Etats-Unis, vers Boston, aux ordres du chef
d'escadre de Ternay qu'il est heureux de servir à nouveau. Combats
contre les Britanniques, des Antilles jusqu'au Labrador, expédition de
la baie d'Hudson où il démontre sa valeur maritime et militaire en
capturant deux forts anglais.
En 1779 il entre en franc-maçonnerie.
Devenu capitaine de vaisseau en 1780, on lui confie une frégate neuve
l'Astrée
sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, il navigue avec la
frégate Hermione
commandée par La Touche Tréville. Il rencontre près de
l'Ile Royale une frégate ennemie et cinq petits bâtiments. Celle-ci
est prise ainsi qu'un autre bâtiment, les autres s'échappent.
La Pérouse, ensuite, reçoit la mission d'attaquer les forts
britanniques
de la baie d'Hudson: l'objectif était de les détruire par surprise et
de collecter les fourrures de cette baie. Le 17 juillet l'escadre a
connaissance de l'Ile de la Résolution située au milieu de l'entrée du
détroit d'Hudson et pénètre dans ce détroit : brumes épaisses, dangers,
difficultés de navigation, les marins restent plusieurs jours sans
pouvoir
naviguer. Le 8 août La Pérouse vient en face du fort du Prince de
Galles situé à l'embouchure de la rivière Churchill. Le fort se rend à
la première sommation. L'escadre quitte la rivière, descend le long de
la côte et s'empare avec la même facilité du fort d'York situé sur une
pointe qui sépare la rivière Nelson de la rivière des Haies. Ce dernier
fort avait appartenu à la France lorsque celle-ci possédait le Canada.
L'expédition est hasardeuse, elle coûte beaucoup de vies humaines, par
contre la défense des forts anglais est très faible. L'opération
rapporte plusieurs milliers de livres grâce à la récolte des fourrures.
La réussite de cette expédition provoque l'admiration tant en France
qu'en Angleterre pour les capacités nautiques et militaires de la
Pérouse. La façon dont il traite le gouverneur explorateur anglais
Sheame est remarquée ainsi que la solidarité entre Européens permettant
aux Anglais restés sur place de ne pas mourir de faim, de froid et de
pouvoir se défendre contre les populations indigènes.
Cette expédition développa les talents de la
Pérouse et le fit
connaître comme un officier capable de diriger une campagne de
découvertes. Elle attira sur lui l'attention du roi Louis XVI. Sa
renommée lui vaudra le commandement de l'expédition de 1786 autour du
monde.
Nommé capitaine de vaisseau à 39 ans, il épouse
Eléonore Broudou en
1783 malgré quelques objections paternelles et l'installe à Albi . A
cette occasion La Pérouse est obligé de demander à son père son
émancipation par manumission, comme au Moyen Age, car le droit de
l'Ancien
Régime en fait toujours un mineur incapable de se marier et d'acheter
des biens immobiliers malgré son âge et sa situation.
L'expédition
de 1785-1788:
La paix maritime revenue en 1783 permet
d'envisager des voyages
d'exploration.
Jean-François de La Pérouse est choisi par le Marquis de Castries et
par Louis XVI pour diriger une expédition au bout du monde afin de
compléter les découvertes faites par James Cook de 1769 à 1778
(Australie de l'Est, Nouvelle Zélande et passage par le détroit de
Béring).
Louis
XVI donnant ses instructions à La Pérouse.
Huile
sur toile de Nicolas-André Monsiau, 1817,
Château de Versailles.
La Pérouse, debout devant la carte, est accompagné, au fond, de
Marchainville et Boutevilliers,
deux frères qui périront en 1786 dans le naufrage de leur chaloupe.
Derrière le roi, le maréchal de Castries, ministre de la Marine.
Le roi Louis XVI lance l'une des plus grandes
expéditions de découverte
de son époque : il souhaite rectifier et achever la cartographie de la
planète, établir de nouveaux comptoirs commerciaux, ouvrir de nouvelles
routes maritimes, enrichir les connaissances et les collections
scientifiques avec un souci constant du bien des hommes, tant de
l'équipage que des populations avec lesquelles on entrera en contact.
Ainsi pendant trois ans La Pérouse commandant La Boussole et
Fleuriot de
Langle commandant l'Astrolabe
sillonneront les océans: Brésil, Chili,
île de Pâques, îles Sandwich, Alaska, Californie, Macao, Philippines,
Japon, Kamchatka, Australie.
En 1785, l'expédition quitte Brest, avec les deux navires marchands de
500
tonneaux, reclassifiés frégates, et emportant 220 hommes à bord. De
nombreux scientifiques y participent : un astronome, un médecin, trois
naturalistes, un mathématicien, trois dessinateurs, des physiciens, un
interprète, des horlogers, un météorologue ainsi que des prêtres ayant
une formation scientifique.
Les objectifs sont nombreux: géographiques, scientifiques,
ethnologiques, économiques, mais aussi politiques : l'Académie Royale
des Sciences a rédigé un mémoire et la Société Royale de Médecine a
proposé des questions à l'intention des officiers et des savants
embarqués. Des collectes de végétaux seront faites pour être utilisées
en Europe et des végétaux européens seront emportés à destination des
pays à découvrir. On observera la chasse à la baleine, la
commercialisation des fourrures, on veillera à l'établissement éventuel
de bases françaises ou de coopération coloniale avec les alliés
espagnols aux Philippines et on observera les projets des Anglais en
Nouvelle Zélande.
Le programme d'explorations doit conduire marins et scientifiques dans
le Pacifique nord et sud, y compris sur les côtes d'Extrême Orient et
d'Australie.
Les résultats de l'expédition furent connus par des courriers expédiés
lors des
escales ayant des liaisons avec les pays européens.
En Alaska, une barge et deux chaloupes
transportant 21 hommes sont
perdues dans les courants lors d'une mission hydrographique.
La Pérouse complète la cartographie des côtes de l'Alaska jusqu'en
Californie, mais la zone est soumise à des brumes fréquentes et
tenaces. En Californie, il rédige des
notes critiques sur le
traitement des Amérindiens.
En 1787, au Kamchatka, La Pérouse reçoit
par le vice-consul de France à Cronstadt sa nomination de chef
d'escadre et la demande d'un rapport sur la colonisation en Australie.
Les Russes acceptent le débarquement du jeune
Jean-Baptiste Barthélémy de Lesseps,
interprète de russe, oncle du futur constructeur du canal de Suez ; ils
facilitent sa mission consistant à ramener par voie terrestre une
partie des documents recensés: études, dessins et spécimens recueillis.
De Lesseps sera le seul survivant de l'expédition. Il arrivera à
Versailles le 17 octobre 1788.2
La vente des fourrures aux Chinois s'avère plus
difficile et moins
rentable que prévu.
L'exploration de la Manche de Tartarie constitue
l'une des parties
les plus intéressantes et novatrices du voyage avec la reconnaissance
de la côte sibérienne de l'ouest et de l'île de Sakhaline. La Pérouse
va découvrir entre Sakhaline et la pointe septentrionale de l'archipel
japonais un passage qui porte depuis le nom de "détroit de La Pérouse"
et va rejoindre le Kamchatka.
L'expédition relâche aux Samoa. Juste avant
l'appareillage les
Samoans attaquent et tuent 12 hommes dont le second de l'expédition
Fleuriot de Langle.
La Pérouse met le cap sur la Nouvelle Galles du
Sud : territoire du
premier peuplement de ce pays par les Anglais.
La Nouvelle Galles du Sud deviendra le cœur de l'Australie. Il y a
deux baies voisines. La Pérouse occupera la Baie Botanique afin d'y
construire des canots pour remplacer ceux perdus aux Samoa. Les Anglais
s'établiront à Port Jackson, baie située à une dizaine de kilomètres de
Botany Bay.
Australie: dernière lettre de La Pérouse au
ministre de la Marine
datée du 7 Février 1788.
Il appareille ensuite pour la Nouvelle Calédonie
et l'expédition tout entière disparaît...
Le
centenaire de la mort de La Pérouse fut célébré le 20 avril 1888 à
la Sorbonne par la Société de Géographie sous la présidence de
Ferdinand de Lesseps.
Le contre-amiral vicomte Fleuriot de Langle et Norbert de Barthes de La
Pérouse, Commissaire de la Marine en retraite et petit-neveu du
navigateur, étaient membres du comité d'organisation.
Les
recherches:
Le sort de l'expédition, resté mystérieux, donna
lieu à plusieurs
tentatives de recherches.
Une expédition dirigée par d'Entrecasteaux4
et Huon de
Kermarec partit de
Brest le 28 Septembre 1791 avec deux frégates La Recherche et L'Espérance. Elle
avait également pour but de compléter les travaux de
La Pérouse.
1826-1827: Le capitaine marchand irlandais Peter
Dillon
découvre les restes des
naufrages à Vanikoro, dans les îles Santa Cruz (Iles Salomon) au nord
de
Vanuatu.
Il découvre la cloche de l'Astrolabe
et des pierriers de bronze qui
avaient été conservés par les habitants. Il apprend sur l'île de
Vanikoro que deux grands navires s'étaient échoués une nuit de tempête
sur la barrière de corail.
Les survivants auraient consruit un bateau avec les débris et seraient
repartis.
En 1828 Dumont d'Urville élève sur le rivage un
monument à la mémoire
de ses compatriotes, retire du fond de la mer un nombre considérable
d'objets et les dépose au Musée de la Marine à Paris.
En 1962-1964, un plongeur néo-zélandais repère
des ancres et des
canons, il remonte des pierriers, une poulie de bronze et une cloche
attribuée à La Boussole.
Ces objets sont actuellement au musée d'Albi.
L'association Salomon, créée depuis dans le but de
lever le mystère, a mené 7
campagnes de fouilles.
1981 : environ 300 pièces sont remontées : vaisselle, monnaies, mais
les
deux bateaux ne sont pas formellement identifiés. 1986 : la fouille
permet l'identification de 2 épaves.
1990 : recherche sans succès du campement des Français.
1999 : les chantiers de fouilles mettent au jour l'existence d'un camp
de survivants. 2003 : découverte dans une faille corallienne du
squelette d'un compagnon de La
Pérouse.
2005 et 2008 : découverte d'un sextant portant l'inscription "Mercier"
sur une plaque de laiton ; or la liste d'inventaire de La Boussole
indiquait bien la présence d'un sextant confié par l'Académie
Royale de
Marine et fabriqué par le "sieur Mercier", de Brest. Ce qui permet
d'identifier formellement l'épave.
29 Juin 2011: inauguration dans la cour du
château
de Brest d'un monument à la mémoire de tous les membres de
l'expédition. Sous une rose des vents symbolique a été inhumé le
squelette de l'inconnu 3
de
Vanikoro. Une gerbe commune à la Marine nationale et à la ville a été
déposée par l'Amiral de Saint Salvy, Préfet maritime de l'Atlantique,
et le Maire de Brest, François Cuillandre.
 |

|

Photos
"La mer en livres" |
|
-1- La Pérouse ou Lapérouse ?
La réponse populaire " Les deux, mon capitaine ! "
conviendrait parfaitement car on rencontre les deux orthographes pour
dénommer le commandant de l'Astrolabe.
Cependant, celui-ci signait Lapérouse, en
un seul mot. Ce
nom provient d'un domaine de la famille de Galaup, la ferme de
Lapeyrouse dans l'Albigeois. Or en occitan "la peyrouse" signifie "la
pierreuse", nom qui se comprend pour désigner une terre peu propice aux
labours. A
l'origine, le nom devait donc s'écrire en deux mots. En
2009 une étude approfondie de Jacques Thomas reconnue par l'Institut de
France a déterminé que la seule orthographe du nom du navigateur serait
désormais "La
Pérouse", en deux mots.
-2-
Sur l'incroyable traversée de la Sibérie et de toute l'Europe par
Jean-Baptiste Barthélémy de Lesseps, lire sur internet l'article
très détaillé qui lui est consacré par le site de "La France
Pittoresque".
-3- Les
recherches se poursuivent actuellemnt sur l'identification de ce membre
de l'expédition. Son âge, entre 30 et 35 ans, sa position sociale
supposée grâce à ses boucles de chaussures, conduisent à penser qu'il
peut s'agir soit de l'horloger Lepaute d'Agelet, soit de l'abbé Mongez,
aumonier et physicien naturaliste, soit encore du chirurgien
Jacques-Joseph Le Corre, tous trois embarqués à bord de La Boussole.
Ci-contre,
reconstitution du visage de l'inconnu de Vanikoro, par Elisabeth
Daynes, sculpteur en paléoanthropologie.
-4-
Lire aussi dans cette rubrique la
notice de Roger Coguiec sur
d'Entrecasteaux. |
 |
|

Signature
de La Pérouse

J-B.Barthélémy
de Lesseps |
EN
SAVOIR PLUS
Les
recherches sous-marines menées en 2005 et 2008 à Vanikoro ont
engendré de nombreuses publications. On peut aussi trouver en librairie
le journal de bord écrit par La Pérouse lui-même, qu'il avait
heureusement transmis au cours de son escale australienne à Botany Bay.
Par contre, la suite jusqu'à Vanikoro ainsi que les nombreux écrits des
savants de l'expédition ont disparu dans le naufrage final.
|