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| Des pages qui font aimer et respecter la mer. |
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Nouméa: la
vie sur les pontons.©
Un récit écrit par Cécile Briand.
Les bancs en béton de la marina de Port-Moselle, à Nouméa, je
les
connais par cœur. Il y a cinq ans, alors que je découvrais ma nouvelle
escale, je venais régulièrement m'y asseoir pour mieux contempler le
monde. J'appréciais le calme de ses pontons et leur pouvoir magique
d'invitation au voyage immobile.
Aujourd'hui, je contemple ces mêmes bancs où les passants viennent souvent chercher un air du large. Tant de choses se sont passées depuis mes premiers pas ici... Après deux ans sur les îles Loyauté à vivre en tribu, dans une maison sommaire puis une case en tôles, nous avons apprécié d'habiter dans un appartement confortable à Nouméa: eau chaude, eau froide, et eau de toute manière quand on ouvre le robinet, de surcroît à l'intérieur même de la maison. Un véritable luxe ! Mais cela était en fait retombé peu à peu dans le commun, presque trop facile. Et puis, autour de nous, des amis vivaient sur un bateau... Nous visitions des bateaux pour le plaisir des yeux sans nous douter qu'un jour nous franchirions également le pas. Mais, croyez-moi, il y a une sacrée marge entre la déclaration légère: - Moi aussi, un jour, je ferai comme Antoine¹, le chanteur ! et la très concrète mise en vente du réfrigérateur, l'arrêt du bail de l'appartement et le tri draconnien de la bibliothèque. En deux mois, nous sommes donc passés d'un T3 à un 14 tonneaux. La décision méritait mûre réflexion, d'autant plus que, en ce qui me concerne, je m'engageais dans un domaine inconnu, la voile. Après tout, si on ne tentait pas l'expérience en Nouvelle-Calédonie, où le ferait-on ? Tobago est donc plus qu'un bateau, c'est une maison. S'il est possible de vivre avec moins d'affaires, il est cependant parfois étouffant de manquer d'espace vital. L'arrivée d'un bébé imposa de partager encore davantage cet espace. Impossible de pousser les murs ! Heureusement, les sorties sur le lagon permettent à l'inverse d'embrasser toute l'immensité de la mer.
Et la
marina de Nouméa est plus qu'un simple parking à bateaux. C'est un
village! Sur le ponton C, le nôtre, une dizaine d'entre eux sont
habités toute l'année. Le climat clément le permet et sous un beau
soleil, à la seule pause de midi, on a vite fait de se croire en
vacances.
![]() Ici, pas de portail en bois peint en rose, de clôture en grillage ou de nain de jardin pour personnaliser le "home sweet home". A bien regarder, il n'y a jamais deux bateaux semblables. Outre la longueur de la coque et le nombre de mâts, notre Tobago, lui seul,se distingue par son grand taud bleu, l'annexe retournée sur l'avant et la poussette retenue par un bout à la borne électrique pour éviter un plongeon dans le port. Pour d'autres, ce sera une cage à oiseau, une plante verte ou un vélo pliant. Le week-end, une légère vague ressentie dans le carré signale le départ des voisins pour un îlot. On va alors donner un coup de main pour la manœuvre depuis le ponton. Une autre fois, on s'aidera mutuellement pour se hisser en tête de mât et détordre la girouette ou pour plier une voile à recoudre. Ou bien encore on les croisera à la capitainerie devant le panneau d'affichage de la météo ou au sortir des blocs sanitaires, en pleine discussion en anglais avec un équipage néo-zélandais qui vient de débarquer au ponton "visiteurs". Le ponton "visiteurs", c'est la porte d'entrée obligée en Nouvelle-Calédonie quand on arrive par la mer. Comme à la descente d'avion dans un nouveau pays, il faut passer par les formalités douanières. Donc, pour signaler leur arrivée toute fraîche, les circumnavigateurs doivent hisser sur les haubans de leur bateau un pavillon jaune. Celui qui demande la visite des douaniers avant - confort suprême après des semaines en mer - d'avoir le droit d'aller prendre un verre à terre au "Bout du monde", le restaurant tout neuf de la marina. Les coureurs des océans resteront ensuite une semaine, un mois ou un an, soit à quai, soit au mouillage. Tantôt simple escale technique, tantôt escale pour remplir la caisse de bord. Parfois, nous sommes pris de vertige, car, certaines semaines, le ponton en question ressemble à un véritable salon nautique: navire de milliardaire, vieux rafiot aux relents de gasoil et de graisse, embarcation aussi spacieuse qu'une boîte de sardines, fin oiseau en provenance de la course Sydney-Nouméa, voiliers peuplés de joyeuses couvées d'enfants... L'équipage de Tobago joue dans la cour des grands. Les globe-flotteurs se connaissent depuis... on ne compte pas les années: on se signale plutôt le port de rencontre. Sénégal, Kourou, canal de Panama, un mouillage aux Marquises ! Lors du dernier recensement, l'agent affecté à la marina fit un beau voyage dans ses imprimés: - Où viviez-vous lors du recensement précédent ? - On naviguait dans le Pacifique. Et avec les lieux de naissance des enfants, on peut aisément en déduire le trajet emprunté par le voilier familial... Cécile
Briand
1- Banana
Split, le
catamaran d'Antoine, a compté pendant longtemps parmi les bateaux de
Port-Moselle à Nouméa.![]() La marina Port-Moselle de Nouméa. Lire
aussi sur ce
site, du même auteur, "Cyclone
dans le lagon calédonien".
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