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| Des pages qui font aimer et respecter la mer. |
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LA MER EN CONTES L'œil de Borgnefesse Décompte de Noël Le Noël de la Roche Percée L'armada de Noël Le guillemot de Noël Guillaume et l'ormeau magique La Petite Sirène Obin et le dragon mal léché |
L'œil de Borgnefesse ©. Vous
avez
déjà certainement entendu parler du Capitaine
Borgnefesse, ce célèbre flibustier originaire de Saint-Malo, qui,
dit-on, doit
son peu banal sobriquet au fait qu’un méchant boulet de canon lui
aurait
emporté un morceau de la fesse gauche lors d’un abordage. De mauvaises
langues
prétendent que l’accident n’aurait pas eu lieu pendant un combat naval,
mais
malencontreusement au cours d’un exercice de tir sur le tillac de son
brigantin.
Mais lui, a toujours prétendu que le boulet était espagnol.
Je
me
souviens encore du soir où il a pénétré dans la
salle, suivi de trois matelots à la mine patibulaire. Je devais avoir
neuf ou
dix ans et l’entrée de
ces quatre
forbans a fait une grande impression dans le cabaret. D’un coup, toutes
les
conversations se sont interrompues, tous les regards se sont portés
vers les
nouveaux arrivants. - Holà, du rhum, et vite ! tonna-t-il d’une voix forte, habituée à commander. Ma mère était derrière le comptoir. Elle me tendit une grande bouteille et quatre verres que je m’empressai d’apporter aux nouveaux arrivants. Je tremblais de peur et dans ma précipitation je trébuchai contre la jambe de bois que le capitaine ne pouvait évidemment pas plier et qui dépassait dans l'allée. Les quatre verres rejoignirent par terre les deux premiers, et la précieuse bouteille entreprit dans les airs un vol acrobatique au-dessus de la tête des flibustiers. Je la suivais des yeux et je réussis à la rattraper au dernier moment grâce à un superbe plongeon que je réalisai vers la table. La bouteille en main, j'atterris alors sur l'unique genou de Borgnefesse. Le rhum était sauvé et les quatre forbans, tout en riant de ma maladresse, apprécièrent la rapidité de mes réflexes. Alors que les rires parcouraient encore toute la salle, je courus apporter quatre nouveaux verres. Mais le pirate semblait m'avoir pris en soudaine amitié. Il me fit un signe de son crochet. - Approche, petit, et n'aie pas peur, je ne suis pas un ogre, dit-il tandis que l'un des matelots faisait sauter le bouchon de la bouteille. Tu as l'air vif et intelligent. Assieds-toi là, sur mon genou. Tu as encore peur de moi ? - Oh non, capitaine. C'est votre crochet qui me fait peur. Il vous sert de main ? - Et comment, mon garçon. Si je ne l'avais pas, mon bras droit ne me serait plus utile à grand chose. Regarde, ajouta-t-il tandis qu'on le servait, ce verre de rhum tient tout seul à l'intérieur de mon crochet. - Et comment avez-vous perdu votre main ? Tous les regards convergeaient vers notre table. Chacun écoutait religieusement la conversation. -
Tu es bien curieux, moussaillon !
Mais je peux bien te le dire. C'est au cours d'un abordage avec un
lourd
vaisseau espagnol. Je me battais comme un diable à bord du navire
ennemi
lorsque je reçus un violent coup de sabre qui me trancha la main
droite. Malgré
la douleur, je repris mon épée de la main gauche et je trouai sur le
champ la
panse de mon adversaire. On m'a transporté à bord de mon navire et
notre
chirurgien m'a cautérisé la plaie au fer rouge. Plus tard, à l'île de - C'est comme votre jambe ? -
Ah non, ma jambe droite, je ne
l'ai pas perdue d'un coup de sabre. Mais c'était encore au cours d'un
combat.
Nous allions tout juste aborder une frégate anglaise. J'étais assis à
califourchon sur le bastingage, prêt à accrocher le vaisseau ennemi à
l'aide
d'un grappin. Lorsque les deux navires se sont trouvés à couple, le
nôtre,
soulevé par la houle, s'est penché vers le bateau anglais et ma jambe
droite a
été écrasée entre les deux bâtiments. On m'a transporté à bord de mon
navire et
notre chirurgien m'a cautérisé la plaie au fer rouge. Plus tard, à
l'île de - C'est comme votre œil ? - Ah non, mon œil droit n'a pas été remplacé. Je le cache seulement derrière ce bandeau. - Vous l'avez aussi perdu au combat ? -
Tu es vraiment très curieux, mon
garçon, fit le forban en vidant d'un trait son troisième verre de rhum.
Mais je
vais quand même te raconter comment je l'ai perdu, cet œil. C'était
loin, très
loin d'ici, dans les chaudes mers du Sud. Nous avions mouillé dans le
lagon d'un
superbe atoll bordé de cocotiers. La mer était calme, la nuit était
claire,
j'étais accoudé au bastingage et une douce brise tiède me caressait
délicieusement
le visage. La tête penchée en arrière, j'observais sous la lune, dans
le ciel
étoilé, les constellations inconnues de l'hémisphère austral: le
Centaure, le
Paon, - Vous avez perdu un œil à cause d'une crotte d'oiseau ? fis-je, interloqué. Mais ce n'est pas possible, il suffit de s'essuyer l'œil d'un revers de main… - C'est bien ce que j'ai fait, mon garçon. C'est un geste spontané. Simplement, j'avais oublié la présence de ce maudit crochet… Yannick Loukianoff Sur le capitaine
Borgnefesse, lire l'article à propos des "Cahiers
de Louis Adhémar Timothée Le Golif " dans notre rubrique
"Coups de cœur". |
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