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Au
temps de
la rogue¹
©
Une
chanson écrite par
Georges Tanneau.
L’auteur
raconte dans cette chanson quelques
épisodes de son premier embarquement sur un sardinier, en
1951.
Il
avait, à
l’époque, 14 ans.

Déchargement
de la
sardine.
Photo: POUILLOT-EHANNO. Collection
Amédée LE PALUD
Parlons
un
peu du
temps passé, tu dois avoir mon âge,
Tu as connu,
tout
comme moi, la fleur des équipages;
C’était
ici, à Douarnenez, un peu après la guerre,
Lorsque
venait se
rassembler la flotte sardinière. (bis)
Il
y avait
cinq
cents bateaux, malamoks et pinasses²,
En cabanage
et
béquillés, dormant à marée
basse.
Certains
venaient
de Quiberon ou des Sables-d’Olonne,
Tous
équipés de filets bleus³, aux premiers
jours
d’automne. (bis)

Malamoks
au
Guilvinec
L’un
d’eux venait du Guilvinec ; à bord, un
petit mousse
Traînait
un peu ses lourds sabots, allant comme on le pousse,
Et,
à
l’âge où l’on est encor sur
les bancs de l’école,
Il serrait
fort
son aviron des deux mains sur l’épaule. (bis)
Petit
mousse
qui
godillais dans les senteurs marines,
Avec un
cœur souvent inquiet au creux de la poitrine
Te
souviens-tu de
cette odeur de la lampe à carbure
Que
l’on
hissait, tôt le matin, en haut de la mâture ?
(bis)

La lampe à carbure sur un étai.
Te
souviens-tu
aussi, dis-moi, de l’odeur de la rogue ?
Tu
en
étais tout imprégné,
c’était comme une drogue.
Je
te
revois
quand
tu riais en secouant les mailles
Des
filets
bleus
qui se nimbaient d’un nuage d’écailles.
(bis)

Préparation
de la
rogue.
Photo: Studio Pierre Le Grand.
Et
ton
sourire en
disait long quand les lourdes charrettes
Dessus
les
quais
étaient suivies par les cris des mouettes.
Je
t’imagine alors portant les caisses de sardines
Et
rougissant sous
les propos des femmes de l’usine. (bis)
Le
soir
enfin, les
matelots montaient la " Rue Obscure"
Allant
de
bistrot
en bistrot, de biture en biture :
"- Allez
Soizik, c’est ma tournée ! Encore une
rasade !
Rien cependant pour le castor
5, il fait la
cotriade 6
!"
(bis)
Mais
quand
novembre s’échappait d’un nuage en
quenouille,
Que
le
soleil
apparaissait un gros clou qui se rouille,
Un
vieux
calvaire
alors sortait ses deux bras de la brume,
On
aurait
dit un
cormoran faisant sécher ses plumes. (bis)
Alors,
alors
un
malamok fuyait dessous le phare,
Se
débattant contre les flots, donnant des coups de barre,
Et
bien
campé sur son avant, s’enivrant de secousses,
Quelqu’un
semblait dire : " Au revoir ! ",
c’était le petit mousse. (bis)
Ce
petit
mousse
c’était toi, ou c’était moi
peut-être !
Je
ne
sais
si je
peux encore en lui me reconnaître ?
C’était
ici, à Douarnenez, un peu après la guerre,
Lorsqu’au
vent froid se dispersait la flotte sardinière. (bis)

Georges
TANNEAU, Douarnenez, juillet 1994.
1-
Œufs de morue
servant
d’appât pour lever la sardine.
2-
Types de bateaux de
pêche. Voir sur ce site le texte de Georges Tanneau "Les malamoks".
3- Filets droits et
maillants. Ces
filets à sardines étaient teints en bleu au
sulfate de fer.
4-
Nom d’une
rue de
Douarnenez qui donnait sur le port.
5-
Surnom que
l’on donnait
au plus jeune de l’équipage, mousse ou novice.
6-
Soupe de poisson
préparée à bord par le mousse. Voir
aussi, du
même auteur, le document historique "La
sardine".
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