LOCH-MAZHE-TRAOUN .©
Un
poème de Josette Tournerie.

Jean
Auguste Dominique Ingres: "Tête de Saint Matthieu".
(
Paris. Musée
du Louvre ).
Ils
s’appellent Tanguy, Hamon ou bien Hervé,
Ils sont gais
compagnons de Fanch à la peau brune.
Au rythme de
la vague ils chantent sous la lune…
Le
grand vent s’est levé.
Lucas,
lui, s’est couché sous
le
soleil d’Egypte.
Dans
ce pays magique il rêvait de splendeur,
La
mort
lente eut raison de sa folle candeur,
Le sable fut sa crypte.
Quant
à
Goulven le blond, poète et médecin,
Il gît sur
son grabat, des fièvres la victime.
Son esprit
vogue ailleurs, sa plainte avec l’eau rime.
Voici
le Raz de Sein.
Marins
et capitaine en affrontant la passe,
Font
leur signe de croix pour chasser le démon
Qui
hurle dans le foc : c’est l’enfer sur le pont,
Mais
aucun mât ne casse.
La nuit
recule enfin, lasse de violence
Naufragés de
la peur, Hervé, Fanch et Hamon,
Devant leurs
yeux hagards voient naître à l’horizon
L’aube au cœur du
silence.
Ils
guettent le Léon, Le Conquet, son abri,
Ce
havre de douceur, leur richesse précaire
Qu’ils
ne voudraient bannir, pour tous les ors du Caire
De leurs
cœurs de proscrits.
Le lourd
voilier repu des trésors de sa cale,
Recèle dans
ses flancs un hôte demi-dieu,
Le crâne
marchandé de l’apôtre Mathieu,
Leur
cadeau pour l’escale.
Encore
une bordée, et l’on verra le port.
Le
cap de Penn ar Bed à fleur d’eau se dessine,
Quand
soudain c’est le choc sur la roche
assassine !
Le
crac vient de bâbord.
A
genoux ! C’est la fin,
c'est l’engloutissement !
Priez,
marins, priez, votre route s’achève !
Vos corps
déchiquetés rouleront sur la grève,
Sinistre
hébergement.
Mais…
quoi donc… cependant ! Sur la mer assagie
La
proue glisse tranquille, et chante
le gréement !
A
la poupe un écueil gît lamentablement,
Fendu
en deux …
Magie !

Tous
sont
dans la frayeur quand Goulven s’est
dressé :
Ce
n’est pas
au Malin que l’on doit ce miracle,
C’est
Mathieu
le martyr qui veut un habitacle
Au
champ des trépassés !
Lors
donc Tanguy,
Hamon saisissent la relique
Pieusement
sur la Pointe enterrent leur fardeau,
Confiant
aux goélands
ce modeste tombeau,
Aux
vents d’Ouest, un cantique.
Ils
reviendront, plus tard, bâtir une chapelle,
Pierre à
pierre ériger la gloire du saint lieu.
Le domaine
abbatial ennoblit Saint Mathieu
Dans
une ère nouvelle.

Des
siècles sont passés,
le rêve s’est éteint.
Rien
ne résiste
au temps, mais la beauté demeure.
Les
ruines survivront afin que rien ne meure
Du
souvenir
lointain.

Josette Tournerie
Février
2007
|