Joshua
Slocum
1844 - 1909
par René LE RU

Depuis un siècle, Slocum est
devenu un modèle pour
nombre d'amateurs de voile, l'initiateur universellement reconnu comme
étant le premier
circumnavigateur solitaire.
Sur le Spray, un sloop de 11,20m, il a effectué
seul
le premier tour du monde à la voile, parcourant en trois ans - d'avril
1895 à juin 1898 - 46000 milles nautiques.
Canadien, né en
Nouvelle-Ecosse à l'embouchure du
Saint-Laurent, il commence sa carrière de marin comme mousse à douze
ans. Orphelin à seize
ans, il émigre en Angleterre et embarque à Londres comme simple matelot
dans la Marine marchande anglaise. Très vite, d'abord sur les lignes
d'Extrême-Orient, il gravit tous les échelons et à vingt-cinq ans est
nommé capitaine. Il dessert alors la ligne vers San Francisco par le
cap Horn. Il se fait naturaliser américain et navigue ensuite
essentiellement dans le Pacifique.
En 1870, à Sydney, il
rencontre puis épouse Virginia Walker qui va naviguer avec lui et ils
auront sept enfants.
En 1875, il devient
capitaine-armateur, propriétaire du Washington.
Ayant fait naufrage au Brésil, il récupère le bois de l'épave pour
construire une embarcation de 35 pieds, le Liberdade,
avec laquelle il
regagne
New-York en compagnie de sa petite famille.
L'arrivée de la vapeur
signant alors la fin de la marine marchande à voile, ruiné
et sans bateau,
il se retrouve sans emploi.
Pour le sortir de l'ornière, un
ami lui fait cadeau de la quasi-épave d'un vieux bateau de pêche.
Récupérant la quille et le maximum de bois de cet ancien huîtrier, il
reconstruit la coque presque à l'identique et baptise Spray
sa nouvelle embarcation. Après une saison de pêche décevante, il
renonce à ce métier et décide d'accomplir ce que personne n'avait
encore envisagé ou osé avant lui: un tour du monde en solitaire, qu'il
racontera plus tard dans un récit
publié en 1899.
Il quitte donc Boston le 24
avril 1895 avec l'intention de naviguer vers l'Asie par le canal de
Suez. Il atteint Gibraltar en traversant l'Atlantique par les Açores.
En Méditerranée, il est attaqué par une felouque de pirates
barbaresques et ne doit son salut qu'à un fort coup de vent qui
contraint ses assaillants à l'abandonner. Echaudé par cette aventure,
il renonce à la route ouest vers l'Extrême-Orient et revient à
Gibraltar.

Le
Spray de Joshua Slocum
Il inverse alors
complètement ses plans et décide de faire route vers le sud afin de
gagner le Pacifique par le détroit de Magellan. Après les îles du Cap
Vert, il rejoint le Brésil puis l'Argentine et fait escale
successivement à Rio de Janeiro et Buenos Aires avant d'embouquer au
sud le détroit de Magellan.
Là, il va devoir faire face à de
nouvelles difficultés. La navigation y est lente et difficile, mais
surtout il craint les attaques nocturnes des Indiens Fuegiens. Un
stratagème va le sauver : tous les soirs il sème sur le pont du Spray
des clous de tapissier qu'il doit soigneusement balayer le matin pour
ne pas se blesser lui-même. Il se fait attaquer à plusieurs reprises et
à chaque fois il est réveillé par les cris de douleur des assaillants
qui replongent dans l'eau.

Sa traversée du Pacifique va
être sans histoire. Il fait escale à Juan Fernandez, l'île de Robinson
Crusoë, puis aux Samoa afin de rencontrer Robert Louis Stevenson,
l'auteur de "L'île au trésor". Mais celui-ci vient de mourir et sa
veuve offre au navigateur les guides de voyage de son défunt mari.
Poursuivant sa navigation vers l'ouest, Slocum visite pendant six mois
l'Australie, de Sydney à Melbourne. Puis, après la Tasmanie, il
entreprend la traversée de l'océan Indien par l'archipel des Cocos et
l'île
Maurice.
Reçu en héros en
Afrique du Sud, il est présenté au président Kruger.
Au printemps 1898,
Slocum entreprend son retour vers l'Amérique. Dans l'Atlantique sud, il
fait escale à Sainte-Hélène et à l'île de l'Ascension, puis, après
l'équateur, il rejoint les Caraïbes par Grenade, la Dominique et
Antigua. Il arrive à New-York le 27 juin 1898 après un périple de 46000
milles nautiques.
L'année suivante, Slocum publie
son récit "Sailing alone around the world". Très modeste sur son
exploit, il écrit en conclusion :
"Si
le Spray n'a rien
découvert,...c'est
sans doute parce qu'il n'y a plus rien à découvrir maintenant.
D'ailleurs il ne cherchait aucun nouveau continent."
A son retour aux Etats-Unis, le
navigateur
achète une ferme. Mais à soixante-cinq ans l'air du large lui manque et
il entreprend une croisière vers les fleuves Orénoque et Amazone en
Amérique du sud.
Il n'y arrivera pas, il
disparaît corps et bien dans le triangle des Bermudes.
Une belle mort pour ce grand
marin qui, depuis, fait rêver bien des navigateurs.
René
LE RU
EN SAVOIR PLUS
Et d'abord, cet
ouvrage dans lequel
Slocum retrace sa traversée peu commune à bord de l'embarcation qu'il
s'était construite à la suite du naufrage de son trois-mâts barque Aquidneck sur les
côtes du Brésil. L'exploit qu'il a réalisé plus tard à bord du Spray
a largement éclipsé cette extraordinaire aventure qu'il raconte ici
dans son style habituel, dépouillé, sans aucune emphase. Et pourtant,
ce ne fut pas là le moindre de ses exploits.

Ed. Ouest-France 2002

Ed. Chiron 1980 |

Ed. La Découvrance 1996/2010 |

Ed. Chiron 1996 |

Ed. Actes Sud 2001 |

Ed. Glénat 1997 |
En anglais :

Ed. Oxford Univercity Press 2003 |
Pour le
centenaire de l'exploit de Joshua Slocum, le navigateur Guy Bernardin a
voulu reproduire son périple dans des conditions similaires. Son
voilier, le Spray of Saint-Briac était une réplique
exacte du Spray de
Slocum. Guy Bernardin a
publié le passionnant récit de son aventure.
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Ed. Loisirs Nautiques 2001 |

Ed. La Découvrance 2010 |
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