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Lancastria


Sortilèges. ©

Un poème d'Irène Gaultier-Leblond.

 

 

La mer criait au bord des marées prises au piège,

En rabattant le vent,

Et j'écoutais claquer la voix des sortilèges

Au col des goélands.

Les vagues amplifiaient des harangues sauvages,

Accusant cette nuit,

Qui prêtait quelquefois certains corps ou visages

A ces plaintes ou ces cris.

Le corps me frissonnait d'ondes et de maléfices

Venus du fond des temps

Et je ne faisais rien pour m'écarter des lices

Où ferraient les tourments.

L'horizon s'éclatait sous la poussée des phares

Hachant grève ou bateaux,

Enfonçant une voile ou brisant des amarres

Au seul tranchant de l'eau.

Quand donc s'immergerait l'éclair sur cette écume

Qui me nouait la voix

Quand reviendrait le jour apaiser cette dune

Qui sinuait là-bas ?

Pourtant, enfin, le vent, épuisant sa colère

Et calmant ses éclats,

S'émoussa lentement pour ramener de terre

Des silences béats.

Et le flux pardonna à la nuit ses longs voiles

Aux inquiétants profils,

Car il allait sans fin porter jusqu'aux étoiles

Les marées en exil.

 


Irène Gaultier-Leblond

( Florilège )       

Vice-Présidente de la Société des Ecrivains Normands

                                                                                                  


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