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HISTOIRES DE MER Cadeau d'anniversaire Un bananier chargé de ferraille Partie de cache-cache dans le brouillard Rapports de mer La sardine Les vaisseaux de pierre Un malamok peut en cacher un autre L'aventure câblière de Déolen en Locmaria-Plouzané Le naufrage de La Sémillante Nouméa: la vie sur les pontons Cyclone dans le lagon calédonien Histoires du large La Marie-Jeanne Le guetteur de Molène Des liens de varech Il a neigé sur la ville d'Ys Quand j'étais castor La Pierre aux Femmes Cadeau d'anniversaire Un bananier chargé de ferraille Partie de cache-cache dans le brouillard Rapports de mer La sardine Les vaisseaux de pierre Un malamok peut en cacher un autre L'aventure câblière de Déolen en Locmaria-Plouzané Le naufrage de La Sémillante Vie à la marina Cyclone dans le lagon calédonien Histoires du large La Marie-Jeanne Le guetteur de Molène Des liens de varech Il a neigé sur la ville d'Ys Quand j'étais castor La Pierre aux Femmes |
Les vaisseaux de pierre. © Un document historique de Georges Tanneau. ![]() Maquette
de caraque réalisée
au 1/20 par Alain Le Brun. Un passé qui laisse
rêveur :
Aux franges des rivages marins, sur les contreforts ou sur les pignons de l'église Saint-Nonna du bourg de Penmarc'h ( Tréoultré1 ) ainsi que sur les murs de la Tour Carrée de Saint-Guénolé, des voiliers, sculptés dans le granit, dressent leur grand mât à hune, soulignent les larges préceintes de leur coque, se haussent de châteaux avant et arrière et racontent à leur façon le passé glorieux de ce coin de Bretagne. Depuis bientôt cinq siècles, ces magnifiques navires figés dans la pierre nous invitent à naviguer à la recherche de ce temps lointain des maîtres de barque du Cap Caval 2 dont les nefs, les carvelles 3 et les caraques, sillonnèrent les mers d'Europe à l'aube du XVIème siècle. Ces sculptures 4 ont souvent émerveillé, voire intrigué, les historiens et les chercheurs de tout acabit, mais, même quand les conclusions de leurs investigations ou de leurs thèses pouvaient les amener parfois à s'opposer, ils étaient toujours unanimes à reconnaître que les nombreuses représentations en forme d'ex-voto de ces navires de pêche, corsaires ou vaisseaux marchands de la Renaissance ne pouvaient être que le témoignage de la prospérité du Penmarc'h d'antan. Dans
les ports zélandais d'Arnemuiden et de Middelbourg, comme dans les
ports anglais de Bristol et du Devon, on connaissait bien cette région
de Bretagne devenue célèbre depuis les guerres médiévales grâce à ses
marins-armateurs audacieux. Geoffroy Chaucer, poète et diplomate à la
cour d'Edouard III, y situa l'un de ses "Contes de Cantorbery" 5:
Des
manuscrits nous racontent que cette petite ville si prospère, qui
s'enorgueillissait jadis de moult nobles et riches demeures, avait
connu vers la fin du XVIème siècle une fin
tragique, et fut ravalée en quelques décennies au rang de village
fantôme. L'engloutissement de la légendaire cité d'Ys mis à part, ce
fut pour beaucoup d'historiens et de romanciers une descente aux
enfers, un désastre incommensurable, un des effondrements les plus
brutaux et les plus radicaux que n'ait jamais connu une agglomération
de l'ancien duché de Bretagne." In armorik that called is
Britayne
Ther was a knight that loved and did payne To serve a lady in his best wise Not far from Penmark their dwelling was (...) " Dans l'Armorique que l'on nomme Bretaigne Il y avait un chevalier qui aimait et se donnait de la peine A aimer une dame de plus noble façon (...) Non loin de Penmarc'h se trouvait leur maison.6 Caraques et
carvelles:
De ce passé glorieux de Penmarc'h, il ne reste désormais qu'un amalgame d'archives portuaires, de transactions maritimes, de récits historiques, de légendes et surtout, sur les murs de deux églises, quelques vaisseaux de pierre érodés par le temps. ![]() La face ouest de l'église Saint-Nonna présente, à droite de son portail jumelé, une magnifique caraque dont la coque massive est renforcée de solides préceintes 7. Elle porte deux châteaux très élevés, un grand mât et un mât d'artimon dont on distingue les haubans. Son ancre et sa quille sont bien marqués et, sous son tableau arrière, on reconnaît assez nettement les ferrures du gouvernail d'étambot. Sur cette même façade, mais cette fois à gauche du portail, deux nefs à mât unique naviguent de conserve. Le mur sud de l'édifice s'embellit de plusieurs sculptures parmi les gargouilles. Ici, deux caraques sont armées en guerre et arborent crânement leur pavillon ( celui de la Bretagne ? ). La première est située au-dessus d'un porche orné de poissons et d'oiseaux de mer. Sa coque, peu saillante, a beaucoup souffert des intempéries, mais sur sa dernière pierre, probablement taillée dans un granit au grain plus serré, deux personnages bien visibles se tiennent debout dans la hune. L'un brandit une épée et son compagnon une hache. ![]() ![]() ![]() Le quatrième gâble présente une carvelle aux voiles ferlées. Un centre portuaire important: Est-il besoin d'autres preuves que ces sculptures pour souligner que le destin des villages de la péninsule de Penmarc'h a de tout temps été intimement lié à la mer ? L'émergence d'un foyer portuaire dynamique en ce lieu s'est développée au moyen-âge en raison de la situation géographique qui faisait du Cap Caval, comme du Conquet, un de ces points de passage privilégiés et une relâche appréciée entre le Golfe de Gascogne et la mer du Nord. Cette fonction d'escale prenant au XIIIème siècle une importance croissante, cela ne pouvait qu'inciter les marins de Penmarc'h à s'insérer rapidement dans le grand courant qui passait à leur porte. Ce qu'ils firent d'abord avec leurs chaloupes de pêche, puis avec des nefs et des caraques de plus en plus grosses. Ils adoptèrent enfin des navires d'un type nouveau désignés à Bordeaux et à Nantes sous le nom de "carvelles". Ces navires armés au cabotage avaient une jauge moyenne de 70 tonneaux. D'après les recherches récentes effectuées par des professeurs de l'Université de Rennes et de l'Université de Brest, on peut désormais estimer à 150 unités la flottille de Penmarc'h engagée au grand cabotage européen et à autant d'unités les barques qui armaient à la pêche et au petit cabotage. L'armement de toutes ces nefs, caraques, carvelles et chaloupes de pêche exigeait évidemment un réservoir de main d'œuvre qualifiée que l'on peut estimer à plus de 2500 matelots. Ces marins étaient eux-mêmes soutenus par une population active d'artisans et de marchands. Ce qui équivaut à affirmer, sans risque de se tromper, que même si une partie non négligeable de ces gens de mer était recrutée dans l'ensemble des hameaux du Cap Caval ou encore de la Basse Cornouaille, le Penmarc'h du XVème siècle était devenu un peu plus qu'un grand bourg: une véritable petite ville. L'effondrement: Dans leurs ouvrages respectifs intitulés tous deux "Voyage dans le Finistère", Jacques Cambry 11 en 1794 puis Jean-François Brousmiche 12 en 1831 évoquent "une grande quantité de ruines éparses en tous lieux et sur une grande étendue". Elles semblaient provenir "d'une ville qui avait dû être florissante et où de nombreuses demeures portaient tourelles, enceintes crénelées et mâchicoulis". Eglises gothiques de Tréoultré, de Kérity, de Saint-Guénolé, chapelles de Saint-Pierre, de Saint-Marc, de la Joie, de la Madeleine, manoirs, grange à dîme et tour de guet à échauguette, voilà qui, de nos jours, peut encore étonner et laisser rêveurs les amoureux des vieilles pierres. Que s'était-il donc passé ici ? Quel désastre avait transformé l'ancien Penmarc'h en champ de ruines ?
De son "union" avec la France en 1532, la Bretagne hérita malheureusement 50 ans plus tard des guerres de religions. Par ses victoires et son abjuration, Henri IV réussit à ramener la paix en France en 1594, mais les hostilités allaient se poursuivre en Bretagne jusqu'en mars 1598, c'est-à-dire un mois avant l'édit de tolérance de Nantes. Appuyés par les Espagnols et sous l'autorité du duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, les ligueurs bretons refusèrent de se soumettre au nouveau roi de France. Parmi eux se trouvait un certain Guy Eder de la Fontenelle. Audacieux et féroce, celui-ci prit, à 17 ans, la tête d'un millier de soudards, transforma l'île Tristan, près de Douarnenez, en un formidable repaire, et ravagea la Basse Bretagne, de Tréguier à Vannes. Sous le couvert de la Ligue ( parti des catholiques ) et sous prétexte que le seigneur de Pont-L'Abbé, Charles du Quelennec, dit Soubise 13, était protestant, il s'acharna plus particulièrement sur la campagne et les populations de Plogastel-St-Germain, Penmarc'h et Pont-Croix. Mais il échoua cependant devant Brest et Quimper. Sa brève existence 14 fut jalonnée de pillages, d'incendies, de meurtres et de viols. ![]() Fontenelle, dit "le Beau Guyon" avait rebaptisé l'île Tristan "île Guyon". Carte de Nicolas Bellin. "Petit Atlas Maritime". 1764. Plus de manoirs, plus d'églises portant toitures, plus de riches armateurs. Les pirates étaient passés par là et, après avoir fait couler le sang, ils avaient dispersé les survivants, pillé toutes les demeures, brûlé ou emporté avec eux des centaines de navires 15. Dès lors, Penmarc'h fut durant près de deux siècles rayé de la carte. Ce fut l'abandon et la dégradation de son patrimoine architectural. Les maisons s'écroulèrent les unes après les autres pour devenir ce champ de ruines évoqué par les voyageurs et propre à enflammer l'imagination de nombreux romanciers. Georges
Tanneau,
2 mars 2007. 1-
Ancien
nom du bourg de
Penmarc'h. Penmarc'h étant jadis le nom de la péninsule et de la pointe
rocheuse qui la prolonge.
2- Autre nom du Pays Bigouden. Le navigateur massaliote Pythéas le nomma Cap Kabaïon au 4ème siècle avant notre ère. Les Romains le renommèrent Caput Caballi ( du latin caput = tête ou chef, et du gallo-romain caballi = de cheval ). Les Bretons allaient tout naturellemnt traduire cette appellation pour en faire Pen Marc'h ( tête de cheval ). 3- Au XVIème siècle, pour s'adapter aux conditions des mers du nord, certaines caravelles remplaceront leurs voiles latines par des voiles carrées et changeront de mâture. Elles deviendront des caravelas redondas, autrement dit des carvelles. 4- Sept navires sur l'église du bourg de Penmarc'h, quatre autres sur la Tour Carrée de Saint-Guénolé , vestige d'une église tréviale. 5- "Canterbury Tales", vers 1380. 6- Traduction libre. 7- Sur un navire, bordages plus épais que les autres et formant autour de la coque une ceinture de renfort. 8- Sur une église, pignon décoratif triangulaire. 9- Voile carrée. 10- Ancien nom du "nid de pie" en forme de grand panier ( gabion ) où se tenait le "gabier" de vigie. 11- Cambry fut chargé par l'Administration du Finistère, en 1794, de dresser l'inventaire des objets ayant échappé au vandalisme des sans-culottes. 12- Brousmiche, employé de perception en 1831, réalisa une étude assez semblable à celle de Cambry. 13- Soubise fut assassiné à Paris en tentant de porter secours à l'amiral de Coligny le 24 août 1572, la nuit de la Saint-Barthélémy. 14- Fontenelle fut exécuté en 1602 sur la roue, à Paris, à l'âge de 29 ans. 15- Plus de 300 navires, bateaux et barques de tous volumes suivant certaines estimations d'historiens. Nombre de ces navires, dirigés sur Douarnenez, auraient servi à rendre l'île Tristan inexpugnable. Lire
sur ce
site, du même auteur, le poème "La
cité perdue".
Voir aussi le livre de Jean-Pierre Blaise et Olivier Cousin "Rêves de pierres" |
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