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Les huit vents de Majorque © Els vuit vents de Mallorca Vents et culture en pays catalans Un document de Michel WALLER
En
Méditerranée, le régime des vents est réputé fantasque et moins
prévisible que dans les grands espaces maritimes de l'Atlantique et à
fortiori du Pacifique. Sur ce bassin restreint, ni alizés ni mousson
générés par les contrastes climatiques planétaires et un certain agent
nommé Coriolis. Les différences de pressions, habituellement hautes en
Atlantique et basses en Méditerranée génèrent de grands courants
atmosphériques Nord-Sud. Ils sont canalisés par deux couloirs
principaux délimités par les Pyrénées, le Massif Central et les Alpes.
D'autre part, la différence de densité entre les masses d'air froid de
ces montagnes et l'air plus chaud de la Méditerranée provoque par
gravité un mouvement descendant de direction sensiblement identique.
Les deux phénomènes peuvent agir indépendamment ou s'additionner. Ils
sont donc à l'origine des deux vents les plus violents de la
Méditerranée occidentale, le mistral et la tramontane.
Qu'ils viennent de plus loin ou qu'ils naissent dans ce bassin, les vents multiples de Mare Nostrum ont chacun une personnalité complexe. Ils naissent, durent, changent sur leur parcours, et meurent en fonction des caprices thermiques et topographiques d'un espace à la fois plus restreint et plus tourmenté. ![]() Majorque, île montagneuse au relief abrupt en face N/O, se situe au centre du bassin occidental. De tous les points cardinaux, des vents soufflent, brises ou tempêtes, froids ou chauds, secs ou pluvieux. Ils butent sur cette terre, contournent ou sautent les obstacles et créent une multitude de courants d'air. Dans le passé, les conditions atmosphériques conditionnaient beaucoup plus qu'actuellement la vie économique, la vie quotidienne et même la survie des populations. La prospérité historique de l'île de Majorque et des pays catalans, était essentiellement due à une agriculture riche et variée ainsi qu'à un trafic maritime intense, au cabotage ou au long cours, du temps de la splendeur coloniale passée de l'Espagne, sans oublier la lutte contre la piraterie barbaresque exercée par les vaillants et célèbres capitaines locaux. Ces deux activités traditionnelles étaient étroitement dépendantes des conditions et variations climatiques. Essayer de les prévoir était un souci permanent pour les populations laborieuses. Pas de présentateur TV pour la météo journalière, pas de météorologues savants ni de satellites, pas de routeurs à distance comme pour nos champions navigateurs qui font route sur ordre. L'observation du ciel et des indices physiques visibles ou sensibles, la connaissance de la nature des vents et l'accumulation mémorisée de ces données fournissaient des éléments d'analyse plus ou moins fiables pour faire des prévisions. Pour le sens commun populaire, les vents étaient les maîtres du temps: le mot "mistral" n'est-il pas la contraction de "magistral" ? Dans les pays catalans comme partout ailleurs, ce savoir constituait un élément essentiel de la culture populaire. Il était transmis oralement de génération en génération au moyen de dictons, chansons et proverbes. Face à la permanente incertitude, restait le secours ultime de la religion, la croyance en l'intervention des saints ou de leur grand patron et la dévotion confiante des marins à la Vierge Marie. Les nombreux ex-voto témoignent de la reconnaissance des navigateurs, du moins quand le vœu était exaucé ! De même, la population paysanne de Villafranca à Majorque commémore chaque année, au sanctuaire de Bonany, ( bonne année ) le bien nommé, un miracle météorologique survenu en 1609. Après une période de sécheresse catastrophique, la pluie était enfin arrivée suite aux prières collectives de la population, assurant une bonne récolte. Mais le résultat des prières étant soumis au bon vouloir des intercesseurs, le sens de l'observation et le bon usage de ce savoir traditionnel restait la meilleure des assurances. Ce patrimoine oral pouvait aussi être transcrit dans les ouvrages maritimes de l'époque sous une forme plus descriptive et plus officielle. Par exemple, certaines cartes anciennes comportent une figuration de la rose des vents de la zone, donnant le nom des vents, leurs secteurs et parfois une échelle de force et de fréquence. A Majorque, île célèbre pour ses grands cartographes du Moyen Age, cet élément utile et décoratif définit les secteurs d' Els vuit vents de Mallorca, les huit vents de Majorque. On retrouve souvent ce motif très populaire comme sujet de décoration sur divers supports traditionneles, carrelages ou plats en céramique par exemple. ![]() Mais voyons quels sont ces huit vents, leurs personnalités géographiques, étymologiques, linguistiques, imaginaires etc... Voici leurs noms, en commençant par le nord et en sens dextrogyre : ( Cliquez sur l'un de ces
noms pour en savoir davantage )
Précision importante pour la suite, à Majorque et dans tous les pays catalans, c'est-à-dire les trois îles Baléares, la Catalogne espagnole et le Pays de Valence, la langue vernaculaire très vivante, parlée et écrite, est le catalan, langue d'oc issue du latin, qui a un statut de langue co-officielle avec le castillan. En Languedoc-Roussillon, dite Catalogne du nord, "sous domination française" comme le dit mon dictionnaire catalan/français édité par les linguistes universitaires de Perpignan, le catalan a statut de langue régionale reconnue. A noter que dans la ville d'Alghero, Alguer en catalan, en Sardaigne, vit une communauté catalane importante implantée depuis la conquête de la Sardaigne par le roi d'Aragon en 1353, puis reperdue vers 1400 au profit des Génois. Toute la population sarde avait été évacuée et remplacée par des familles de Barcelone, ce qui explique que les habitants aient conservé leur langue depuis plus de six siècles, un catalan archaïque un peu mêlé d'italien. L'ex voto ci-dessous provient d'un sanctuaire de cette ville, Nostra Señora de Valverde. Michel
Waller
![]() Ex voto de Nostra Señora de Valverde à Alghero ( Sardaigne ) |
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