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Vole,
mon goéland !
Là-haut
sur la mer
Les 8 vents de Majorque
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Il a neigé sur la ville
d'Ys. ©
Un récit de mer de Georges
TANNEAU.

" Neige sur Ys"
©, une aquarelle inédite d'Anne CADIOU.
Route
pêche.
Quatre
heures du matin à Douarnenez ! Le concert des moteurs réveilla la ville
entière. Les carrefours s'animèrent, s'allumèrent. Lueurs et bruits se
propagèrent de pas de porte en coin de rue, descendirent vers le
vieux port du Rosmeur, puis vers les cales, et la lumière des bateaux
créa une autre ville sur la mer. La ville flottante se mit en marche.
Elle se détacha du quai avec vacarme, s'éloigna, s'étira, s'écartela,
se dispersa en quartiers, en hameaux, en foyers isolés. La baie entière
se peupla bientôt d'une quantité innombrable de feux de mâture, de feux
de position, rouges, verts, blancs, pailletant, roulant, tanguant et
menant un train d'enfer.
Il
nous fallut une bonne heure de route pour atteindre à plein régime les
lieux de pêche. Nous étions arrivés quelque part au centre de la baie,
au cœur de la nuit, et maintenant nous ralentissions, nous stoppions
et nous attendions le lever du jour sans trop savoir pourquoi nous nous
étions empressés de la sorte pour être là, parmi les premiers, à
attendre et à rêvasser... Dame sardine sera-t-elle au rendez-vous
aujourd'hui ?... Là-bas un phare, ici un autre, comme des étoiles au
ras des flots; ils piquaient l'obscurité et comptaient les secondes
perdues à attendre...
L'aube
tardait à venir. Elle préparait ses couleurs, mélangeait les reflets
mordorés ou anthracite de la mer avec un peu d'écume. Elle dessinait
lentement le dos des collines sombres et découpait sur l'horizon les
formes potelées d'un Menez-Hom campagnard. Elle éteignait les villages
et gommait la Voie Lactée. Elle défroissait quelques nuages bas et
essuyait ses brosses à grands coups de cirrus sur la clé de voûte du
firmament. Elle préparait la grande fresque de l'aurore. Nous
attendions béatement la création d'un jour nouveau sur une toile de
maître. Il y eut un matin coloré à la pointe du pinceau, il y
eut de
l'espoir.
La
brise nous apportait des bribes d'échos lointains, des bourdonnements,
des rumeurs, venus de terre, entrecoupés de quelques éclats argentins,
frêles et brefs tintements de cloches: Dong ! ... Dong !...
Angélus ou matines ?... Les coqs des clochers se réveillaient,
s'interpellaient, se répondaient de village à village.
- Ça
vient de Telgruc, ça vient d'Argol, ça vient probablement de plus loin
! Les sons portent loin et clair, me dit un matelot, changement de
temps pour demain !
- Du
mauvais temps ?
- Je
ne dis pas, mais de la pluie certainement.
- Ah
!
-
Par ici, c'est quand on entend sonner les cloches de la ville d'Ys
qu'arrivent à coup sûr les coups de Trafalgar !
Si
la ville d'Ys a réellement existé, et j'ai comme une folle envie de le
croire, elle se trouve engloutie dans cette baie. Et nous tendions nos
filets à sardines à cet endroit, à quelques brasses au-dessus de ce
royaume et de ses trésors.
Il
dut neiger ce jour-là des perles d'ambre, des flocons de rogue couleur
topaze sur ses murailles, ses palais incrustés de coquillages et
hérissés de gorgones. Dong !... Dong !...
Et
je plongeais mon regard, à en dissoudre mes prunelles jusqu'au plus
profond de l'iris de la mer...
Georges
TANNEAU
NB:
La rogue était un appât constitué d'œufs de morue importés à grands
frais de Norvège. Lire sur ce site le document historique "La sardine" du même auteur.
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